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Regard sur la Chine

[Propos d’expert] Nouvelle étape historique pour la mondialisation

Je veux commenter  HE YAFEI 2016-12-09 04:32:49    Source:la Chine au présent

Le 22 septembre 2016, au nouveau port de Shidao, à Rongcheng dans le Shandong, 19 citernes de stockage pétrochimique de 50 tonnes sont placées à bord d'un bateau à destination du Pakistan. Ce sont les premières commandes de Rongcheng dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie.

Ces dernières années, au temps où l'économie mondiale est plongée dans une récession prolongée qui réveille une vague d'idées populistes, le processus de mondialisation ne suit plus le même cours qu'avant et la question de la gouvernance mondiale se heurte à de sérieux défis à l'échelle du globe. Beaucoup s'interrogent : qu'arrive-t-il à notre planète ? La mondialisation fait-elle marche arrière ou se prépare-t-elle à entrer dans un nouveau cycle ? Que faire pour la gouvernance mondiale ?

Pour pouvoir répondre à ces questions, il nous faut d'abord identifier les changements majeurs qui ont transformé la mondialisation ces dernières années.

Évolution de la mondialisation

Après examen de l'évolution de la situation mondiale ces deux ou trois dernières décennies, nous pouvons établir les points suivants :

Premièrement, en tant que grand pays émergent, la Chine s'est développée rapidement et sa puissance globale a augmenté d'année en année. Cet essor a avancé en synchronisation avec la montée d'autres pays en voie de développement. L'union de leurs forces a considérablement fait bouger l'histoire et a donné naissance au concept dit de la « grande convergence » (soit le rattrapage des économies du Sud sur celles du Nord), à une ampleur jamais vue depuis la révolution industrielle en Occident. Ainsi, ce phénomène a complètement redessiné la carte politique et économique du monde et, sur la lancée de la mondialisation, a amorcé une transition : la « gouvernance mondiale par l'Occident » a cédé la place à la « gouvernance mondiale conjointe par l'Orient et l'Occident ».

Deuxièmement, la gouvernance mondiale n'a pas pu suivre le rythme effréné de la mondialisation. Avec l'effondrement de la théorie occidentale du néo-libéralisme économique, l'idée de la gouvernance mondiale est apparue vide de sens et fautrice de troubles. Ces failles sont devenues de plus en plus frappantes après la crise financière mondiale de 2008, ce qui a aggravé les concurrences idéologiques et réglementaires à la gouvernance mondiale. Depuis l'apparition de ces lacunes théoriques et pratiques dans la gouvernance par l'Occident, nombreux sont ceux qui se montrent perplexes quant à l'avenir et se demandent d'où viendront les idées nouvelles ? La communauté internationale a finalement détourné son regard de l'Occident sur l'Orient, en particulier la Chine. Il faut dire que depuis la crise financière, l'économie mondiale stagne. Le FMI a abaissé à plusieurs reprises ses prévisions du taux de croissance mondiale en 2016, qu'elle estime autour de 3 %. Le commerce mondial décline d'année en année. Les investissements internationaux diminuent considérablement. La crise de la dette n'en finit pas en Europe et ailleurs. Quant aux risques financiers, ils s'accumulent sans cesse.

Au Sommet du G20 tenu l'année dernière en Turquie, le président Xi Jinping a affirmé que depuis la crise financière de 2008, l'économie mondiale avait perdu de sa vitalité, ayant épuisé les ressources tirées de l'ancien modèle de croissance et de gouvernance. Pour croître à nouveau, elle a besoin d'un nouveau moteur, d'une nouvelle théorie et d'un nouveau modèle. Tous les pays se sont mis à réfléchir sur la manière de résoudre les problèmes posés par le développement déséquilibré de l'économie mondiale et les défis soulevés par la gouvernance mondiale. C'est alors que la question de la réforme et de l'amélioration du système de gouvernance mondiale a été élevée à l'ordre du jour.

Troisièmement, les effets négatifs de la mondialisation elle-même sont de plus en plus évidents. Elle a pour conséquence notable la montée du chômage et la baisse des revenus des « cols bleus » dans certains pays développés, à cause du raccommodage et du réajustement de la chaîne de production mondiale. Le fossé entre riches et pauvres continue de se creuser. En conséquence, s'observe dans pas mal de pays une tendance assez forte à « aller à rebours de la mondialisation », laquelle surfe sur une vague d'idées populistes. L'environnement politique s'en voit déjà affecté dans un certain nombre de pays, y compris dans les plus développés. Prenons pour exemple l'élection présidentielle invraisemblable qui vient d'avoir lieu aux États-Unis, le Brexit en Grande-Bretagne ou encore la montée des partis extrémistes dans certains pays européens. Ces mutations politiques au niveau étatique affaiblissent le soutien politique et populaire de la communauté internationale à l'égard de la mondialisation et freinent la marche normale du système de gouvernance mondiale, y compris dans les mécanismes de libre circulation des biens et des investissements.

Quand nous aurons une meilleure compréhension de ces nouveaux changements, enjeux et tendances du développement, nous pourrons répondre à la problématique « qu'arrive-t-il à notre planète ». L'histoire ne progresse pas de manière linéaire, mais en dents de scie. La mondialisation, en deux à trois décennies de déploiement, a accédé à une nouvelle ère ; de même, la gouvernance mondiale devrait entrer dans une nouvelle phase. Nous sommes actuellement au seuil d'une période historique qui verra une gouvernance commune par l'Orient et l'Occident et un regain d'intérêt pour la sagesse orientale. Autrement dit, la gouvernance mondiale a besoin d'écouter les théories orientales, notamment chinoises. Pour savoir pourquoi, passons brièvement en revue l'histoire de la gouvernance mondiale.

Histoire de la gouvernance mondiale

Par essence, la gouvernance mondiale se définit comme l'élaboration et la mise en œuvre de systèmes et de règles d'échelle internationale. Ceux dont nous disposons à l'heure actuelle (système de gouvernance mondiale compris), qui gravitent autour des Nations unies, ont été mis en place sous la direction des États-Unis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puis ont été revus et corrigés au fil des décennies.

Dans l'histoire récente de la mondialisation et de la gouvernance mondiale, les Européens ont lancé et soutenu le concept de la gouvernance mondiale, dans un contexte d'approfondissement et d'élargissement de la mondialisation. Face à la tournure qu'a prise la mondialisation économique dernièrement, de nombreux défis d'ampleur mondiale sont apparus, comme la propagation de la crise financière, la multiplication des frictions commerciales, la persistance des conflits régionaux, l'aggravation des disputes autour des ressources en eau aux frontières et l'accélération du changement climatique. Dans ce contexte, les nations ont compris que la voie de la mondialisation conduit à une ère d'interdépendance des pays : si l'un prospère, l'autre prospère ; si l'un faiblit, l'autre faiblit. Il faut donc que la communauté internationale conjugue ses efforts pour affronter les défis communs. L'idée d'un « jeu à somme nulle », dans lequel le gain de l'un constitue la perte de l'autre, ne s'applique absolument pas au temps de la mondialisation.

La fin de la guerre froide a mis fin à la bipolarisation de la communauté internationale, divisée sur les plans idéologique et militaire. Toutes les grandes puissances, dont les États-Unis, la Russie et la Chine, ont alors soutenu les systèmes et les règles d'échelle mondiale ayant pour socle commun les Nations unies. L'établissement et la consolidation des organismes internationaux, comme le FMI, la Banque mondiale et l'OMC, ont permis à la gouvernance mondiale d'être plus institutionnalisée et plus encadrée juridiquement, ce pour un plus grand respect des « règles ».

À l'avènement du XXIe siècle, la gouvernance mondiale s'est heurtée à l'unilatéralisme américain. Mais bientôt, les États-Unis ont reconnu leur amertume derrière ce rôle de « gendarme international » et le trop lourd fardeau à porter. Après son arrivée à la Maison blanche, le président Obama s'est consacré davantage à l'agenda politique intérieur. Les États-Unis se sont progressivement détournées de l'Europe et du Moyen-Orient, traditionnellement leurs deux flancs stratégiques, pour s'orienter vers l'Asie, opérant ainsi un rééquilibrage vers l'Asie-Pacifique. Autrefois concentrés sur l'antiterrorisme mondial, ils ont déplacé leur centre de gravité pour faire face à l'émergence des nouvelles puissances.

La voie et le modèle de développement de la Chine, soulevant l'idée d'un nouveau mode de gouvernance mondiale dirigée conjointement par l'Orient et l'Occident, retiennent aujourd'hui l'attention des diverses parties et récoltent leur approbation. La Chine se trouve déjà au centre de l'arène mondiale et au point de départ d'une nouvelle ère. Elle devrait ainsi porter la gouvernance mondiale vers un développement plus équitable, plus juste et plus raisonnable.

En septembre dernier à Hangzhou, le Sommet du G20 a polarisé l'attention du monde entier de par ses résultats magistraux. Il a souligné le fait que la Chine est déjà un protagoniste et un pilote du système de gouvernance mondiale. Au niveau chronologique, l'essor de la Chine coïncide avec la réforme et le développement du système de gouvernance mondiale. Cette concordance temporelle montre d'autant plus l'importance que revêtent la sagesse et l'idéologie chinoises pour la gouvernance mondiale, ainsi que la perspicacité du président Xi Jinping qui avait proposé de fournir des « biens communs globaux » à travers la sagesse, la pensée et le programme chinois.

Alors, dans quels aspects de la gouvernance mondiale la Chine peut-elle jouer un rôle de leader ?

Nouveau rôle de la Chine

D'abord, la Chine défend résolument l'ordre international et le système de gouvernance mondiale reposant sur les Nations unies qui ont été mis sur pied suite à la victoire des Alliés en 1945. Tout est parti d'un consensus de la communauté internationale, alors meurtrie par la guerre. De nos jours, la structure de gouvernance est globalement en accord avec les intérêts communs de la communauté internationale. La Chine figure parmi les bénéficiaires de l'ordre international existant et de l'actuel système de gouvernance mondiale. Elle défend, construit et contribue à ce mécanisme. Certains Occidentaux présentent la Chine comme un « destructeur » du système de gouvernance mondiale, mais ces allégations ne sont pas fondées. Si un feu crépite à foison, pourquoi s'embêter à en allumer un autre ?

Ensuite, la Chine continuera à soutenir activement, dans le cadre actuellement posé, le développement des mécanismes, systèmes et règles internationaux de type nouveau, comme le G20, le dispositif des BRICS, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) et la nouvelle Banque de développement des BRICS. Elle compte promouvoir le nouveau concept de gouvernance mondiale, caractérisé par la démocratisation des rapports internationaux, la coopération gagnant-gagnant et le développement commun. Elle souhaite que les pays en développement disposent d'un droit de parole et d'un pouvoir de décision plus importants, afin de perfectionner le système de gouvernance mondiale.

Enfin, face à l'ajustement des théories sur la gouvernance mondiale, il convient à la Chine d'avancer des idées et des solutions nouvelles, en puisant des ressources dans la civilisation chinoise. Elle doit rechercher ces nouvelles idées de gouvernance et les mesures d'application associées à la confluence des cultures et au carrefour des civilisations. Par conséquent, tous les pays doivent se prononcer en faveur des échanges et de l'intégration, et ne pas croire au soi-disant « choc des civilisations ». En 2013, le président Xi Jinping a annoncé l'initiative de construire « une Ceinture et une Route » et a convié les autres pays à monter à bord du « train rapide du développement chinois » pour que tous partagent ensemble les fruits de cet essor. L'année dernière, il a proposé encore, lors du Forum de Bo'ao, de mettre en place une conférence pour le « dialogue entre civilisations asiatiques ». L'initiative chinoise « une Ceinture et une Route » couvre plusieurs volets, dont la communication politique, l'alignement des stratégies de développement et la communion d'esprit entre les peuples.

Par ailleurs, la Chine va s'en tenir à une stratégie de développement pacifique. Elle espère que tous les pays, au-delà des considérations géopolitiques étroites, gèreront comme il se doit leurs relations avec les grandes nations, afin de ne pas tomber dans ce qu'on appelle « le piège de Thucydides » (conflits entre une puissance émergente et une puissance établie). L'environnement politique et de sécurité international, porteur d'une paix durable, doit impérativement être maintenu pour permettre la gouvernance mondiale.

La paix est une condition préalable au développement, et le développement se fait le garant de la paix. Sans paix, pas de développement possible et pas la force requise pour assurer la paix sur le long terme. Telle est la leçon historique que la Chine a tirée de son passé douloureux à l'époque moderne.

Entre-temps, le président Xi Jinping a préconisé l'édification, par la Chine et les États-Unis, de « relations entre grandes puissances de type nouveau », basées sur les principes de non-opposition, non-conflit, respect mutuel, coopération gagnant-gagnant. Il a ainsi créé une idée et une voie nouvelles pour la coexistence pacifique des grandes nations, qui seront également valables dans les rapports entre la Chine et les autres puissances.

Le monde a mis le pied dans un nouveau siècle et la mondialisation est entrée dans une nouvelle ère. Puissent tous les pays suivre communément la voie du développement pacifique et notre planète s'ouvrira alors sur un avenir radieux promettant une croissance soutenue et l'harmonie entre les pays.

*HE YAFEI est le premier coordinateur en affaires chinoises au G20, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ancien directeur adjoint du Bureau des affaires des Chinois d'outre-mer relevant du Conseil des affaires d'État.

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