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Regard sur la Chine

[Propos d’expert] Un leadership de plus en plus important pour le monde

Je veux commenter  JOHN ROSS 2017-01-04 04:44:24    Source:la Chine au présent

Le 3 octobre 2016, près d'Addis-Abeba, en Éthiopie, un train roule à titre d'essai sur le chemin de fer Addis-Abeba–Djibouti.

Le 4 novembre 2016, le Département international du Comité central du PCC a tenu un point de presse à Beijing pour expliquer aux diplomates accrédités en Chine les points essentiels de la sixième session plénière du Comité central issu du XVIIIe Congrès du PCC.

Le dialogue sur les politiques économiques mondiales qui existe entre la Chine et les pays occidentaux s'est considérablement enrichi en 2016 et est en train de changer de caractère. Alors que la morosité perdure dans l'économie occidentale, les approches, les analyses et les objectifs de la Chine, ou plus précisément du Parti communiste chinois (PCC), gagnent en crédibilité.

Cette tendance des discussions internationales a été clairement illustrée lors de trois événements importants qui ont eu lieu au second semestre 2016 : le Sommet du G20 à Hangzhou les 4 et 5 septembre, la conférence intitulée « Dialogue du PCC avec le monde 2016 » qui s'est tenue à Chongqing du 13 au 15 octobre et enfin le Sommet des BRICS à Goa, en Inde, les 15 et 16 octobre.

Des événements récents mais qui ne tombent pas du ciel. Ils sont la conséquence résultant de trois décennies de stratégies économiques divergentes entre la Chine et l'Occident et de la supériorité, en termes de croissance, de la « stratégie de développement socialiste » adoptée par la Chine par rapport à celle du Consensus de Washington orchestrée par le FMI et la Banque mondiale.

Point d'inflexion en1978-80 et tendances cumulées jusqu'en 2016

À la fin des années 1970, la Chine et l'Occident se sont lancés presque simultanément dans deux directions fondamentalement opposées. En 1978, la Chine a vu le début de la politique de la réforme et de l'ouverture de Deng Xiaoping ; en 1979-80, l'Occident initiait ce qui allait être codifié plus tard, en 1989, sous le nom générique de Consensus de Washington, avec l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher puis de Ronald Reagan. Voilà pour le contexte de long terme de la discussion économique actuelle et la structure fondamentale de ces deux politiques cardinalement opposées qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui.

Trois décennies et demie plus tard, le bilan de ces deux types de politiques économiques ne pourrait être plus éloquent. Le PIB chinois a accéléré d'une moyenne annuelle inférieure à 5 % sur la période 1950-1977, à une moyenne annuelle de 9,8 % de 1978 à 2015. La croissance américaine a ralenti d'une moyenne annuelle de 3,7 % entre 1950 et 1980, année d'élection de Ronald Reagan, à 2,7 % de 1980 à 2015.

De 1989 à 2015 la part américaine du PIB mondial, calculée au taux de change actuel, est passée de 28 à 24 %, tandis que la part chinoise explosait, passant de 2 à 15 %. De la même façon, la part de l'économie mondiale réalisée par les pays en développement s'est accrue, passant de 16 % à 35 %. D'une position extrêmement marginale dans l'économie mondiale, la Chine est parvenue à se hisser au second rang mondial.

Ces changements sont encore plus spectaculaires si on les mesure à parité de pouvoir d'achat (PPP), une méthode considérée par les institutions économiques européennes comme fournissant un meilleur éclairage sur les tendances à long terme dans l'économie mondiale. Selon cette méthode de calcul, le PIB de la Chine représentait, en 2015, 17 % du PIB mondial, devançant les États-Unis qui représentaient 16 % du total mondial. Le PIB des pays en développement représente désormais plus de la moitié, 53 % pour être précis, du PIB mondial.

En résumé, depuis 1980 et l'élection de M. Reagan, et 1989 avec l'adoption officielle du Consensus de Washington, la Chine et les pays en développement ont totalement bouleversé l'économie mondiale.

L'Indochine puis l'Inde

Trois pays voisins ont immensément bénéficié de l'influence du modèle économique chinois, avec des résultats économiques presqu'aussi spectaculaires. Si l'on se base sur les comparaisons internationales depuis l'émergence du Consensus de Washington et si l'on laisse de côté les petits pays de moins de cinq millions d'habitants ou ceux dont l'économie est basée sur le pétrole, on constate que les quatre pays à la croissance du PIB par habitant la plus rapide ont été, dans l'ordre décroissant, la Chine, le Cambodge, le Vietnam et le Laos.

Ainsi, une fois de plus, le modèle de développement socialiste de la Chine démontrait dans la réalité des faits sa supériorité sur le Consensus de Washington néo-libéral. Le fait que cette politique a donné des résultats comparables dans d'autres pays prouve bien qu'elle correspond, ainsi que Deng Xiaoping l'a affirmé, aux lois économiques universelles et non pas simplement à un « caractère chinois ».

Mais le succès de la Chine et sa réplique dans la forte croissance et le développement rapide de l'Indochine ont accru l'influence de cette stratégie économique et lui ont permis de se diffuser plus largement, notamment vers un pays clé : l'Inde. Le premier ministre indien M. Modi en personne, alors qu'il était encore le ministre en chef de l'État du Gujarat, visitait régulièrement la Chine. Le gouvernement Modi a nommé en tant que conseiller économique en chef un spécialiste de l'économie chinoise, Arvind Subramanian, qui a travaillé à l'Institut Peterson de l'économie internationale, auteur de l'ouvrage Éclipse : vivre dans l'ombre de la dominance économique de la Chine.

Certains des aspects clé de la nouvelle politique économique indienne depuis l'arrivée au pouvoir de M. Modi, en particulier les investissements importants de l'État dans les infrastructures, le tournant vers les industries manufacturières, le maintien d'un taux de change compétitif, sont clairement d'inspiration chinoise. Le résultat, comme en Indochine, a été une croissance spectaculaire, l'Inde rejoignant la Chine dans le club des puissances économiques majeures à très forte croissance.

Au-delà de l'exemple important de l'Inde s'inspirant de la politique économique chinoise, en particulier concernant le rôle de l'État dans l'investissement, ce modèle commence à influencer profondément certains pays d'Afrique et d'Amérique latine. Ainsi que le note Dani Rodrik de la Faculté d'économie politique internationale à l'université Harvard, le décollage de l'Éthiopie est le succès africain le plus surprenant de la décennie écoulée, puisque le pays a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 10 % depuis 2004, résultat d'un investissement massif par l'État qui est passé de 5 % du PIB au début des années 1990 à 19 % en 2011, un accroissement qui place ce pays au troisième rang mondial.

Parlant de l'Amérique latine, le professeur Rodrik observe que la Bolivie est l'un des rares pays exportateurs de minerais qui est parvenu à éviter la crise qui a frappé les autres depuis la forte baisse des cours des matières premières. C'est largement dû à l'investissement public : de 2005 à 2014, l'investissement total de l'État a plus que doublé en part du PIB, passant de 6 à 13 %.

En résumé, si très peu de pays souhaitaient s'inspirer des politiques économiques chinoises entre 1978 et 1989, on voit aujourd'hui des entités très puissantes le faire. C'est ce qui fait l'émergence récente de la Chine en tant que « parrain » de l'économie mondiale.

Des forums qui illustrent le rôle de la Chine

Évidemment, ce rôle de « parrain » de la Chine s'exprime de façons très différentes sur ces différents forums du fait de leur nature variée.

• Le Sommet du G20 à Hangzhou a rassemblé les principaux acteurs de l'économie et de la politique internationales : les leaders des États-Unis, de la Chine, de l'UE, du Japon et d'autres pays importants sur la scène internationale. Bien que la Chine fût l'hôte du sommet, et par conséquent le pays le mieux placé pour prendre l'initiative et afficher sa volonté, le G20 ne peut pas agir plus rapidement que le rythme que veulent bien lui permettre les pays les plus puissants. En termes pratiques cela signifie que la Chine, les États-Unis et quelques autres pays disposent d'une sorte de veto sur les initiatives du G20. Mais en même temps, cela souligne la nature puissante du G20 et donc son rôle potentiel pour la stratégie économique et la gouvernance mondiales, tout en limitant la rapidité de ses avancées.

• Le Sommet des BRICS doit lui aussi avancer à l'unanimité, ce qui confère pareillement une sorte de veto à chacun des pays membres. Cependant, les BRICS peuvent aller plus vite et plus loin que le G20 en termes d'idées et sur certaines actions ainsi qu'en termes d'initiatives du fait que quatre de ses membres sont des pays en développement et que le cinquième, la Russie, présente une économie avancée encore relativement peu développée. Tout cela confère aux pays des BRICS des intérêts communs clairs. Le dernier sommet des BRICS qui s'est tenu à Goa a de ce fait été plutôt clair dans sa dénonciation de la faible croissance économique dans les pays industrialisés et en avançant des solutions comme l'investissement dans les infrastructures, l'accent à mettre sur la réduction de la pauvreté et la promotion des intérêts des pays en développement, toutes des mesures qui allaient bien plus loin que les consensus du G20.

• Le Dialogue du PCC avec le monde qui s'est tenu à Chongqing présentait un caractère tout différent. Il s'agissait d'une réunion entre représentants de plus de 70 partis politiques et experts en provenance de plus de 50 pays. Comme le format de référence était le dialogue avec le PCC, ce sommet a pu illustrer une autre facette de la capacité du PCC à jouer un rôle de « leader volontaire. » Ceci ne signifie pas, bien entendu, que d'autres partis copient le PCC, et il est ressorti clairement des débats que le PCC souhaitait lui aussi bénéficier des enseignements des autres partis, mais il est clair que l'ordre du jour était logiquement sous une forte influence du PCC. Ceci se reflétait aussi dans bon nombre de communications et de discours entendus lors de la conférence. Du côté chinois, ceux-ci comprenaient des allocutions de Liu Yunshan, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du PCC, puis du secrétaire du Parti et du maire de Chongqing, de Liu Wei, président de l'université Renmin, de Lin Yifu, ancien premier vice-président de la Banque mondiale, parmi de nombreux autres intervenants. On comptait d'autre part un grand nombre d'invités étrangers, dont certains d'une importance particulière au vu des tendances de l'économie mondiale déjà soulignées, comme Gopal Krishna Agarwal, porte-parole national aux affaires économiques du parti indien du BJP.

Tout cela a formé un cadre de discussions certes informelles mais qui en termes d'idées allaient bien plus loin que le type de formules consensuelles qui sont de mise au sein du G20. C'est parce que la conférence de Chongqing était plus un forum de discussion qu'une entité chargée de prendre des décisions.

Bilan des récents développements

Il faut évaluer ces différents événements et tendances avec sang-froid si l'on veut résumer la situation. Trois grands processus sont en cours, plus un quatrième de nature assez différente mais lié aux trois autres, qui est que la Chine est d'ores et déjà un acteur majeur en termes de finance mondiale grâce à des initiatives telles que l'AIIB. Mais revenons aux tendances générales :

• En termes de croissance économique mondiale, les pays dont la politique est largement influencée par la Chine jouent un rôle clé : sur la période 2007-2015, la Chine et l'Inde ont produit à elles seules un accroissement du PIB mondial de 8,2 trillions de dollars, contre seulement 3,5 trillions pour les États-Unis.

• En termes de poids économique mesuré au taux de change courant en 2015, les BRICS représentaient 22 % du PIB mondial, c'est-à-dire un poids comparable à celui de l'UE (22 %) ou des États-Unis (24 %). À parité de pouvoir d'achat, les BRICS sont désormais très loin devant, avec 31 % du PIB mondial, contre seulement 16 % pour les États-Unis et 17 % pour l'UE.

Bien entendu, l'intégration et la force institutionnelle des BRICS n'est pas comparable à celles des États-Unis ni même à celles de l'UE, ce qui explique qu'en termes d'influence, l'économie mondiale reste dominée par les puissances établies.

• L'effet d'entraînement international des politiques de la Chine et donc du PCC, ainsi qu'on l'a dit, s'exerce déjà fortement sur l'Inde, qui est le pays en développement le plus important après la Chine, mais aussi sur l'Indochine et sur d'autres pays en développement.

Dans les pays occidentaux, la propagande qui prédit « l'effondrement prochain de la Chine », « la crise inéluctable de l'économie chinoise », « l'atterrissage brutal qui attend la Chine » etc., domine le discours médiatique depuis des décennies, malgré le fait qu'aucune de ces prédictions ne se soit réalisée dans les faits ! Hors du cercle formé par quelques spécialistes de la Chine, ces analyses plus objectives de la situation chinoise commencent seulement à faire leur chemin pour intéresser un cercle un peu plus large d'économistes.

La dynamique

Le point clé qui découle de cette analyse est que le poids croissant de la Chine dans le débat économique international n'est pas déterminé par la « bataille des idées ».

Le facteur décisif est que la croissance économique est supérieure dans les pays adoptant l'approche de développement socialiste de la Chine que dans ceux qui suivent les recettes néo-libérales du Consensus de Washington. Les succès économiques pratiques sont naturellement plus convaincants pour les pays tiers que les arguments économiques théoriques, aussi sophistiqués soient-ils !

Et cette réalité économique qui détermine le poids international des politiques du PCC va poursuivre sur sa lancée. En raison des politiques prônées par le Consensus de Washington, conjuguées aux effets de la politique économique reaganienne, les pays occidentaux connaissent une croissance molle, de l'ordre de 2 % par an.

En raison des processus résumés plus haut, ceci signifie que le poids du PCC et de la Chine dans la discussion économique internationale ne pourra que continuer de s'accroître. C'est pourquoi le bilan de la discussion internationale que nous esquissions ci-dessus n'est pas statique mais dynamique, et il continue d'évoluer en faveur de la Chine.

Il faut bien comprendre cependant que ce développement n'est pas uniquement favorable à la croissance mondiale, mais qu'il bénéficie également à la Chine elle-même. La croissance anémique de l'économie mondiale, qui est principalement due à l'anémie de la croissance dans les pays développés de l'Ouest, crée un contexte défavorable à la Chine, en particulier parce qu'il entraîne une croissance plus faible des échanges commerciaux et donc des exportations chinoises. Une influence accrue des politiques chinoises mènera à une accélération de l'économie mondiale et donc entraînera à son tour l'économie chinoise.

*JOHN ROSS est chercheur à l'Institut d'études financières Chongyang relevant de l'université Renmin à Beijing.Il a été responsable de la politique économique et commerciale au sein de l'Administration du maire Ken Livingstone à Londres.

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