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Regard sur la Chine

[Convergence] Impératrice Wu Zetian des Tang

Je veux commenter  CHRISTOPHE TRONTIN 2017-02-27 07:53:43    Source:la Chine au présent

On entend souvent dire que l'impératrice Wu Zetian fut la seule impératrice régnante de l'histoire chinoise. Comme elle eut plus de soixante ans à la conquête du pouvoir, on l'a traditionnellement dépeinte comme une ambitieuse sans scrupules. Et il est vrai qu'on ne manque pas d'indices pour étayer cette thèse.

Née dans une grande famille du Shanxi, elle bénéficia d'une bonne éducation et fut choisie, à l'âge de 14 ans, comme concubine mineure de l'empereur Tang Taizong. Ambitieuse, elle n'allait pas se contenter de ce rôle de cinquième roue du carrosse, d'autant qu'elle ne jouissait pas d'une grande faveur impériale. Mais le prince héritier du trône, le neuvième fils de l'empereur, un certain Li Zhi, n'était pas indifférent aux charmes de sa tante. En 649, celui-ci succède à son père sous le nom de Gaozong et soupire de voir la belle envoyée, avec toutes ses collègues concubines, croupir dans un monastère. La liaison fait jaser, mais le nouveau monarque n'en démord pas : il veut dame Wu près de lui. Tout empereur qu'il est, il a bien du mal à la faire sortir de là, et il parvient, après bien des intrigues, à la réintégrer à la cour où elle est promue au rang de seconde épouse.

Elle lui donne deux fils, puis une fille, laquelle décède malheureusement très rapidement. Accident ? Assassinat ? Les historiens se disputent sur la question. Toujours est-il que Wu accuse l'impératrice Wang et profite du scandale pour l'écarter du trône. On raconte même que pour frapper de stupeur la cour, la nouvelle favorite fait exécuter sa rivale vaincue de façon particulièrement cruelle. Dans la foulée de ce remaniement, Wu parvient à imposer à son mari l'empereur de nommer leur fils aîné Li Hong au rang d'héritier impérial, écartant de la succession celui de l'ancienne impératrice.

À partir de cette date, sa vie se transforme en une course d'obstacles vers le pouvoir absolu. En 660, son impérial mari est victime d'une crise cardiaque qui le laisse diminué. Épouse modèle, elle le soutient et l'entoure d'un soin jaloux, et en profite pour prendre l'ascendant sur lui et participer aux affaires de l'État en tant qu'administratrice de la cour. L'impératrice assiste désormais aux réunions derrière une tenture au travers de laquelle elle souffle à son mari ses conseils avisés. À mesure que se dégrade la santé de l'empereur, son rôle prend de l'importance et, elle fait nommer Li Hong prince consort pour le préparer à une direction conjointe, comme elle le faisait avec son mari. Mais celui-ci, rétif, entre en conflit avec sa mère, puis meurt à la surprise générale en 675, à l'âge de 23 ans seulement. Empoisonné ? Assassiné ? Une fois de plus, les historiens sont partagés. Ce que l'on sait, c'est qu'elle fait alors nommer héritier son second fils, Li Xian. Mais celui-ci s'exile et finit par être contraint au suicide. Elle prépare alors son troisième fils au sacre impérial, avant de l'écarter au bout de six mois au profit de son quatrième, qui est bien trop jeune pour régner en 683 alors que décède l'empereur Gaozong.

Cette fois, elle prend enfin les rênes du pouvoir absolu. Elle a 66 ans, nous sommes en 690 et personne ne s'étonne de l'entendre décréter que son règne ouvre en fait une nouvelle dynastie ! De 690 à 705, parenthèse dans la dynastie Tang, on parlera de la dynastie Zhou, en mémoire des Zhou de l'Antiquité (1046 – 256 av. J.-C.). Directe et peu encline aux salamalecs stériles, elle a écarté sans ménagement prétendants et concurrents, fait exécuter ambitieux et paresseux, et bien des innocents ont payé de leur vie leur proximité avec cette maîtresse femme.

Son règne restera pourtant gravé dans les annales pour deux aspects majeurs : d'abord par son attachement à renforcer l'armée et la défense du pays qui permit la conquête de vastes espaces dans l'Ouest, ainsi que de la péninsule de Corée. Par ailleurs, elle adopta le bouddhisme qu'elle introduisit comme religion de l'Empire.

Les historiens s'accordent aujourd'hui à qualifier son règne de plutôt éclairé et productif pour le pays, dans la mesure où elle sut s'entourer de gens qualifiés. C'est à elle que l'on doit le principe de nommer des conseillers et des ministres sur la base de leurs mérites, à une époque où c'étaient plutôt le copinage, les protections et la capacité de nuisance qui constituaient les voies vers le pouvoir. Une forme de méritocratie qui préfigurait l'examen impérial que l'on verrait se perfectionner autour de l'an 1000. On retient aussi de cette période une amélioration de la condition des femmes et un allégement des taxes qui écrasaient les paysans.

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