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Regard sur la Chine

[Reportage spécial] Les « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine

Je veux commenter  ZHENG RUOLIN 2017-07-19 03:56:08    Source:la Chine au présent

Le 25 février dernier, le TGV pouvant atteindre 350 km/h effectue un arrêt à la Gare de l'Ouest de Beijing.

Il y a quelque temps, des étudiants de l'Université des langues étrangères de Beijing ont effectué un sondage auprès des étudiants étrangers originaires du Népal, du Cambodge, d'Égypte, d'Ukraine, d'Inde, de Pologne, de Malaisie et d'autres pays sur ce qu'ils sélectionneraient parmi les techniques « fabriquées en Chine » qu'ils adorent par-dessus tout et aimeraient rapporter chez eux à leur retour quand ils auront terminé leurs études en Chine. Ce qui nous a surpris, c'est le nombre d'entre eux qui ont répondu qu'ils aimeraient ramener les « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine. Comme tout le monde le sait, les « quatre grandes inventions » de la Chine antique, soit le papier, la boussole, l'imprimerie et la poudre à canon, furent introduits au Moyen-Orient et dans les pays arabes, puis en Occident par la Route de la Soie. Aujourd'hui, ce que les étudiants étrangers aimeraient emporter chez eux sont les « quatre nouvelles grandes inventions », à savoir le train à grande vitesse, le paiement par téléphonie mobile, le vélopartage et les achats en ligne. À proprement parler, ces technologies ne sont en fait pas des inventions chinoises, mais elles ont eu un essor prodigieux et ont profondément changé la vie quotidienne des Chinois.

En quoi sont-elles nouvelles ?

Le TGV n'est pas une nouveauté pour nos amis français. La France est le « berceau » du TGV. Au début des années 1990, en tant que correspondant du journal Wen Hui Bao de Shanghai à Paris, j'ai réalisé un reportage sur la concurrence entre le TGV français, l'ICE allemand et le Shinkansen japonais sur le marché chinois. À l'époque, la Chine espérait introduire la technologie du TGV français. J'avais suivi et interviewé Zhu Rongji, qui était maire de Shanghai à l'époque avant d'être nommé premier ministre du gouvernement chinois, quand il prenait le TGV pour se rendre de Paris à Lyon lors de sa visite en France. À ce moment-là, la Chine souhaitait que la France pût lui transférer sa technologie, mais l'entreprise française Alstom avait refusé de le faire.

À l'époque, si Alstom avait eu la vision stratégique et la prévoyance nécessaires, le réseau TGV, avec son quadrillage de « quatre artères verticales » et « quatre artères horizontales » pour un total de 22 000 km de voies ferrées en exploitation aujourd'hui sur le territoire de la Chine, aurait été « fabriqué en France ». Mais les négociations ayant été rompues, la Chine a commencé à envisager la mise au point du TGV par ses propres moyens. Dix ans plus tard, le TGV chinois, élaboré par la Chine, a commencé à circuler. Pour l'heure, plus de 65 % des lignes ferroviaires TGV dans le monde sont en Chine, et elles sont « fabriquées en Chine ». La vitesse du TGV chinois en exploitation commerciale se situe entre 300 et 350 km/h. Bon nombre d'étudiants étrangers en séjour en Chine apprécient hautement le TGV chinois. La raison est simple. Rapide - le train ne met que 4 h 48 mn pour voyager entre Beijing et Shanghai. Stable - un étudiant originaire des États-Unis a fait un test. Il a mis debout une pièce de monnaie devant la fenêtre du train ; au bout d'une dizaine de minutes, pendant que le train filait, la pièce de monnaie n'était toujours pas tombée. Bon marché - le prix d'une place en seconde classe du TGV Beijing-Shanghai n'est que de 553 yuans, l'équivalent de 73 euros. Confortable - les sièges en première classe du TGV français tout récemment sortis de l'usine ont pu pivoter qu'à partir du début de l'année, pour que tous les passagers puissent être assis dans le sens de la marche du train, alors que ce dispositif faisait déjà partie de la configuration standard du TGV chinois il y a longtemps. La France a certes commencé à s'équiper du TGV dans les années 1980, mais la Chine commence désormais à la rattraper, voire à la dépasser…

Le paiement par téléphonie mobile en Chine est une autre technologie à laquelle les étudiants étrangers sont très attachés. Sur ce point, j'ai beaucoup d'amis français, qui vivent en Chine et qui l'adorent eux aussi. En Chine, qu'il s'agisse d'Alipay, ou de WeChat Pay, tout est très pratique. On peut effectuer un paiement par téléphone pour la quasi-totalité des consommations, d'autant plus qu'il n'y a pas de restrictions particulières quant au montant à régler. Même pour payer un seul yuan, cela ne pose aucun problème. Un journaliste américain a fait une expérience en Chine. Il a essayé de sortir sans un seul sou en poche, ne gardant qu'un smartphone sur lui. Au final, que ce soit pour les frais de taxi et de restauration, les courses, les paiements d'électricité et d'eau, les billets de cinéma et même pour un virement bancaire entre amis, la quasi-totalité de ces opérations peuvent être effectuées via le paiement par téléphonie mobile.

Le volume des paiements par téléphone en Chine, si j'emprunte un propos du journal britannique Financial Times, est déjà 50 fois supérieur à celui des États-Unis. En 2016, 358 millions de Chinois se servaient du téléphone pour payer, le montant des transactions atteignant 5 500 milliards de yuans (environ 7,62 yuans pour un euro). Toutefois, pour rester honnête, si le paiement par téléphone mobile est aussi développé en Chine, c'est parce que l'utilisation des cartes de crédit n'est pas très populaire. Depuis les temps les plus anciens, les Chinois sont habitués à manier l'argent liquide. Toutefois, aujourd'hui, la Chine s'est classée au premier rang mondial en termes de paiements généralisés par téléphonie mobile. Quelles seront les retombées de cette évolution à l'avenir ? Jusqu'à nos jours, nous ne sommes pas en mesure de faire des pronostics.

La troisième « nouvelle grande invention » est le service de partage de vélos. En réalité, ce n'est pas non plus quelque chose de nouveau en France. Quand je résidais dans ce pays comme journaliste, la location de vélos avait déjà fait son apparition dans l'Hexagone. À la différence de la Chine, où les vélos partagés sont omniprésents aujourd'hui, les vélos en France doivent être loués et rendus à des endroits fixes. Or, dans le système de partage de vélos pratiqué en Chine, ces derniers peuvent être systématiquement pris et rendus toujours n'importe où. Dès l'instant où une application informatique, alias APP, est installée sur le smartphone, on peut scanner le code QR à tout moment pour déverrouiller le vélo avant de s'en servir. Après usage, il suffit de le verrouiller, le paiement par téléphone s'effectue instantanément.

Quant aux achats en ligne, inutile de s'étendre sur le sujet. Le fondateur du groupe Alibaba, Jack Ma, est déjà une célébrité mondiale. En fait, il est déjà possible, même si l'on est en France, de faire des achats en passant par une série de plates-formes de commerce en ligne, telles que Tmall.com, qui relève du groupe de Ma, et des sites similaires comme JD.com, DangDang.com, etc. Aujourd'hui, les internautes en Chine se comptent au nombre de 731 millions de personnes, dont 64 % d'entre eux, soit 467 millions de Chinois, sont habitués à cette pratique. La valeur des transactions a atteint 26 100 milliards de yuans (plus de 3 400 milliards d'euros), soit environ 40 % du chiffre d'affaires des marchés d'e-commerce au détail dans le monde.

J'ai un ami français, qui est venu faire du tourisme en Chine. Quand il est venu me rendre visite chez moi, il a vu mon smartphone branché à une batterie externe. Il était alors 10 h 30 du matin. Nous en avons aussitôt commandé une pour lui via Internet et avons aussi convenu de l'horaire pour la livraison. Dans l'après-midi à 15 h, l'objet a été remis entre nos mains. La législation chinoise stipule que toute marchandise achetée en ligne peut être échangée ou remboursée dans les sept jours qui suivent l'achat. Mon ami était très surpris de la rapidité et de la facilité de l'e-commerce en Chine. La clé de ce système réside dans la logistique. Aujourd'hui, l'achat en ligne est non seulement très populaire en ville et dans les bourgs, mais il s'étend maintenant aussi dans la campagne. L'un des géants d'e-commerce de Chine, JD.com, a commencé, depuis la fin de l'année dernière, à expérimenter l'utilisation de drones pour une livraison dans des régions reculées de plusieurs provinces. En un mot, l'achat via Internet introduit une grande révolution dans les modes d'achat en Chine.

Le 27 février 2017, des habitants de Nanjing utilisent des vélos en libre-service. Dès l'instant où une application informatique, alias APP, est installée sur le smartphone, on peut scanner le code QR à tout moment pour déverrouiller le vélo avant de s'en servir. Après usage, il suffit de le verrouiller, le paiement par téléphone s'effectue instantanément.

Image en miniature du changement de mode de vie

J'ai parlé des « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine avec force détails. En fait, cela ne représente qu'une infime partie des changements en cours qui interviennent en ce moment dans la modernisation du mode de vie des Chinois.

Lors de mon séjour en France en raison de mes activités professionnelles passées, j'étais souvent émerveillé devant la rapidité et la facilité du mode de vie des Français. Quatre ans seulement après mon retour en Chine, j'ai déjà complètement abandonné beaucoup de mes habitudes prises lors de mon séjour en France. Par exemple, quand je résidais en France, j'étais un usager fidèle des services de la poste. Les Français sont le peuple qui vont le plus volontiers au bureau de poste, mais en Chine, les gens préfèrent recourir aux services des sociétés de livraison express. Je donne un coup de fil, et le coursier arrive chez moi pour prendre le colis ou le courrier. Vous pouvez l'expédier depuis le seuil de votre porte d'entrée. Les sociétés de livraison express sont devenues un concurrent redoutable pour la poste. À proximité de l'entrée de la résidence où j'habite, ont récemment été installées deux armoires de livraison express. Je n'ai qu'à mettre le colis ou le courrier à expédier dans un des casiers de l'armoire et saisir sur l'ordinateur ou le smartphone les informations nécessaires pour que l'objet soit expédié de manière rapide et sécurisée, tandis que les frais d'envoi sont payés via le téléphone. Tout cela s'effectue très facilement.

En France, les services d'Uber sont interdits. Quand vous sortez, vous ne pouvez appeler qu'un taxi. Mais en Chine, les « voitures réservées » sont en vogue. Par exemple, quand je pars pour donner une conférence à Shanghai, avant de monter dans l'avion, je commande une « voiture réservée de Shenzhou » à l'aide de mon téléphone mobile et quand j'arrive à l'aéroport de Pudong à Shanghai, une voiture spéciale m'attend déjà à l'heure et au lieu convenus à l'entrée de l'aéroport. J'ai discuté avec plusieurs chauffeurs de ce service de voiturage à propos de la concurrence entre les « voitures réservées » et les taxis. Le taxi est difficile à héler. Il lui est impossible de fournir au client un service personnalisé à un lieu et à un horaire précis. Mais une voiture réservée est en mesure de satisfaire presque la totalité des besoins de l'utilisateur. Elle peut même fournir un service de voiture de luxe si le client en a besoin. Et le paiement se fait aussi par le biais du téléphone mobile, sans avoir recours au liquide. En Chine, nombreux sont les chauffeurs de taxi qui se sont convertis au service de la « voiture réservée ».

Le 10 décembre 2016, un magasin de Chongqing organise les soldes en avance à l'occasion de la fête du « Double Douze ». Beaucoup ont réglé leurs achats via le paiement mobile.

L'innovation transforme le quotidien

Je réfléchis souvent aux facteurs qui ont contribué au grand changement en cours dans le mode de vie en Chine. En fait, c'est très simple : quand l'industrialisation atteint un certain niveau, l'innovation devient non seulement la principale force du développement industriel mais elle exerce aussi immanquablement une influence profonde et générale dans notre vie quotidienne. Par exemple, pour les achats en ligne et les services de livraison express, une condition primordiale aux achats en ligne est la rapidité de la livraison. Nombreux sont les opérateurs d'e-commerce qui commencent à être équipés de trieurs automatiques de colis express. Dans un énorme entrepôt, après que les commandes ont été enregistrées et traitées par le centre de traitement informatique de la société, les trieurs automatiques de colis express répartissent de manière autonome les marchandises dans les endroits désignés en fonction de leurs destinations. Vus de loin, les robots vont et viennent dans l'entrepôt pour expédier les différentes marchandises aux différentes sorties. Quelle scène formidable !

Cependant, comparé au port entièrement automatisé de Qingdao, cet entrepôt s'avère réellement tout petit. Le projet du port automatisé de Qingdao a débuté il y a trois ans et a officiellement ouvert ses portes le 11 mai dernier. Auparavant, 60 personnes étaient indispensables pour le chargement des conteneurs. Maintenant, neuf personnes suffisent, soit une réduction de 85 % de la main d'œuvre, alors que l'efficacité du travail s'est améliorée de 30 %. Dans tout le port, on ne voit que des bras mécaniques et des grues automatiques qui vont et viennent pour charger ou transporter des conteneurs, comme s'il s'agissait d'un entrepôt de tri automatique express à très grande échelle.

Aujourd'hui, l'innovation industrielle influence la société chinoise dans tous les aspects de la vie quotidienne, tels que les vêtements, la nourriture, le logement et la circulation. Certains effets pourraient changer très vite le visage actuel de la société. Comme chacun le sait, la Chine est un grand pays producteur de drones. Le pays compte au total plus de 400 constructeurs de drones et occupe 70 % des parts du marché mondial, y compris les drones à usage civil et militaire. Cependant, peu de gens savent que la Chine est en train de réaliser des avancées dans la technologie des drones. En janvier 2016, la Chine a rendu public un modèle de drone avec une grande autonomie et pouvant embarquer des passagers, une première dans le monde. Cela peut très bien signifier que la voiture volante deviendra d'ici peu une réalité pour nous. La Chine a aussi mis au point un grand drone à énergie solaire volant à la limite de l'espace, qui pourra à l'avenir rester en vol pendant des mois voire des années. À quelles fins pourrions-nous utiliser ces drones dans le futur ? Pour répondre à cette question, il suffit juste de donner libre cours à notre imagination. Nous avons, en Chine, une expression en vogue qui reflète le dynamisme de notre société actuelle : l'homme est capable de faire tout ce que son imagination lui permet.

Tout récemment, la Chine a annoncé qu'elle avait réussi à exploiter de la glace combustible, mis au point le supercalculateur quantique, développé le premier train sur rails virtuels du monde ainsi que l'impressionnant traducteur Xunfei. Parmi cette série de nouvelles réalisations dans l'innovation scientifique et technologique, certaines sont déjà en usage, telles que le traducteur Xunfei, d'autres seront mises en application très prochainement, par exemple, le premier train sur rails virtuels du monde pourra circuler sur la voirie ordinaire, sans avoir besoin d'une voie ferrée spécifique. Du fait que le train ne requiert pas de rails, le délai de construction du système ainsi que le coût seront grandement réduits, alors que la capacité de transport reste comparable à celle d'un train classique sur rails. Cette nouvelle invention permettra de changer grandement la situation de la circulation urbaine. La mairie de Zhuzhou, où est situé l'institut de Zhuzhou de la compagnie CRRC, qui a mis au point cette technologie, a annoncé que le premier système de train express sur rails virtuels de Chine entrait déjà dans la phase de programmation et serait mis en exploitation commerciale en 2018 dans le meilleur des cas.

Un dicton chinois dit : « Du nouveau chaque jour. » Si l'on s'inspire de cette sagesse populaire pour faire allusion aux changements qui interviennent à l'heure actuelle dans la société chinoise, il n'y a pas plus pertinent que cette phrase ! Le processus d'industrialisation de la Chine atteint désormais un tournant historique qui prend corps dans l'innovation.

*ZHENG RUOLIN est un ancien correspondant à Paris du quotidien Wen Hui Bao de Shanghai et l'auteur du livre Les Chinois sont des hommes comme les autres aux éditions Denoël.

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