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Regard sur la Chine

[Economie] Le boom de l’économie du partage

Je veux commenter  SHI XUN 2017-07-25 04:36:13    Source:la Chine au présent

Le 26 août 2014, la Conférence nationale sur Internet s'est tenue au Centre international de conférences de Beijing.

La combinaison de la société post-industrielle, de la révolution numérique et du ralentissement économique mondial a fait émerger un mode de consommation alternatif : l'économie du partage. Description de ce phénomène en plein boom en Chine.

Alors que vous travaillez au bureau, votre voiture repose au parking et vous coûte même parfois les frais de stationnement. Peut-être vous êtes-vous déjà fait cette réflexion : existe-t-il un moyen pour que mon véhicule, dont je n'ai pas besoin en ce moment, soit, à l'inverse, rémunérateur ?

Il y a trois ans, la réponse à cette question a été apportée. En 2013, une plate-forme de location d'automobiles, iCarsclub, a été lancée. Elle met à profit les voitures privées inutilisées pour augmenter l'offre de transport urbain ; en même temps, elle assure un complément de revenus aux propriétaires.

Pour le moment, iCarsclub couvre 16 grandes et moyennes villes, réunit plus de 600 000 propriétaires inscrits et comptabilise un million de locataires. Ce mode de consommation commence à prendre de l'ampleur. En février dernier, le concurrent d'iCarsclub, Atzuche.com, a levé 400 millions de yuans lors de son troisième tour de financement.

Ces deux dernières années, dans le domaine du transport, l'économie du partage s'est immiscée dans le quotidien de la population chinoise, allant des applications d'appel de taxi avec Didi Chuxing aux applications de vélos en libre-service avec Ofo.

Selon les estimations du centre sur l'économie du partage relevant du Centre national des informations, le marché de l'économie du partage en Chine a généré en 2016 un chiffre d'affaires s'élevant à 3 452 milliards de yuans, soit une augmentation de 103 % par rapport à l'année précédente, avec 600 millions d'usagers, soit 100 millions de plus qu'en 2015.

Cet organisme prédit que l'économie du partage maintiendra un rythme de croissance annuel soutenu, autour de 40 % en moyenne et pèsera plus de 10 % dans le PIB à l'horizon 2020.

Un droit d'utilisation partagé

L'économie du partage se définit comme un nouveau mode de consommation qui permet le transfert provisoire du droit d'utilisation d'un objet entre des personnes qui ne se connaissent pas, dans le but d'en tirer un certain bénéfice. L'objectif fondamental est de mettre à profit notamment les biens, la main-d'œuvre et les ressources éducatives et médicales non exploités.

L'Internet, surtout l'Internet mobile, constitue un terrain fertile pour l'économie du partage. Selon les données du réseau de services professionnels PricewaterhouseCoopers, le marché international de l'économie du partage vaudrait 15 milliards de dollars à l'heure actuelle, un chiffre qui devrait grimper à 335 milliards en 2025.

En octobre 2015, les propositions du XIIIe Plan quinquennal chinois ont fait avancer pour la première fois l'ambition de « développer l'économie du partage », événement qui a marqué l'intégration officielle de ce mode de consommation dans le programme stratégique du pays. En mars 2016, l'Avis directeur sur la promotion de la consommation écologique, rédigé par dix organismes dont le Commission nationale du développement et de la réforme, a proposé de soutenir l'économie du partage et d'encourager l'utilisation des biens privés non utilisés, le développement ordonné du covoiturage sur Internet, la location de véhicules et de logements privés, et même l'échange d'objets inusités.

Pionnier de l'économie du partage, Airbnb est la plate-forme leader mondial dans les services de location de vacances, célèbre dans le monde entier. Cette plate-forme met en relation voyageurs et propriétaires qui souhaitent louer leur habitation disponible, ce qui permet aux touristes de s'offrir une chambre à un prix nettement inférieur au tarif traditionnellement appliqué dans les hôtels. L'équivalent chinois d'Airbnb se nomme Xiaozhu.com. Cette plate-forme qui dénombre 100 000 logements répartis dans plus de 250 villes a enregistré en 2016 des transactions pour un total de plus d'un milliard de yuans. À ses débuts, Xiaozhu.com proposait à la location uniquement des canapés (couchsurfing) et des chambres individuelles, attirant majoritairement des étudiants diplômés partant en voyage ou des jeunes cherchant du travail. Mais le portefeuille de clients s'élargit à mesure que le concept de l'économie du partage se popularise. Outre des jeunes dans la vingtaine, le site Web séduit également des jeunes d'une trentaine d'années et sert des visées de plus en plus variées : vacances étudiantes, escapades en famille, déplacements professionnels, séjours de formation, etc.

Le fondateur de Xiaozhu.com, Chen Chi, croit dur comme fer à l'avenir de ce mode de consommation. Selon lui, la réussite de Xiaozhu.com se fonde sur la multitude de chambres libres, le service de mise en relation des individus et l'accueil chaleureux que les hôtes réservent à ces invités qu'ils ne connaissent pourtant pas. Ces chambres privées ne génèrent aucun coût, contrairement à celles proposées dans les hôtels (main-d'œuvre, loyer…). Leur location équivaut à l'exploitation de ressources disponibles. La tâche principale de Xiaozhu.com consiste à aider les propriétaires à recevoir des locataires, pour que les deux parviennent à briser la glace et à se faire mutuellement confiance.

« D'une part, la Chine compte plus d'un milliard d'habitants, d'une grande mobilité ; d'autre part, le pays abrite d'innombrables logements vides ou en partie vides. La judicieuse combinaison des deux assure au marché un avenir prometteur », prédit Chen Chi.

Un nombre croissant de travailleurs indépendants

Pour l'anniversaire de sa mère, M. Song a pris rendez-vous la veille avec un chef cuistot sur l'application Idachu et a convenu avec lui du menu. Le lendemain, deux jeunes cuisiniers en uniforme sont arrivés chez lui à l'heure prévue, apportant tous les ingrédients et condiments nécessaires pour préparer le repas. Quatre heures plus tard, sa mère est rentrée à la maison et a été agréablement surprise de trouver sur la table un repas copieux qui l'attendait.

Ce n'était pas la première fois que M. Song faisait appel à ce genre de service. Pour les employés très occupés comme lui, qui n'ont pas le temps de faire à manger, cette possibilité d'employer ponctuellement un cuisinier privé est fort utile quand il s'agit de recevoir des invités. Ce n'est plus un privilège réservé aux familles aisées. Ces deux dernières années, les plates-formes de réservation de cuisiniers privés se sont multipliées. D'autres applications existent, pas nécessairement axée sur la préparation de repas familiaux : La cuisine Yami, par exemple, présente des chefs experts pour concocter des banquets haut de gamme, tandis que Woyoufan est une plate-forme qui propose aux membres de participer à un dîner privé avec d'autres utilisateurs qu'ils ne connaissent pas encore.

Ces plates-formes exploitent pleinement le talent des « cordons bleus » qui ne sont pas embauchés par un restaurant, et à travers ce processus, redonnent aux personnes d'âge moyen le goût de faire la cuisine. Home-Cook rassemble beaucoup de mères et pères qui sont de réels marmitons. Via cette application, ceux-ci peuvent exercer comme cuisiniers privés non seulement pour gagner un peu d'argent, mais aussi pour en retirer la satisfaction d'aider ces jeunes (du même âge que leurs enfants) qui travaillent loin de leur région natale.

L'économie du partage, qui s'est rapidement développée, touche désormais tous les domaines : automobile, hébergement, main-d'œuvre, objets divers et savoir-faire. De cet essor a émergé un grand nombre de travailleurs indépendants. Comme l'a indiqué Luo Zhenyu, fondateur du média citoyen Luogic Show, « si vous rapportez une boîte de radis sur un marché, tant que son prix est raisonnable, vous arriverez à la vendre. »

Zbj.com, Doumi.com et Lagou.com visent ce marché prometteur. Lagou.com, par exemple, a lancé une plate-forme de sous-traitance, Dakun, qui trouve pour les entreprises abonnées des auto-entrepreneurs et indépendants exerçant les professions de concepteurs, programmeurs, experts en marketing... Les entreprises peuvent engager, en fonction de leurs besoins, des collaborateurs externes pour des missions ponctuelles ; en contrepartie, ces collaborateurs externes ont l'opportunité de pouvoir travailler de chez eux.

Par conséquent, de plus en plus de jeunes travaillent en freelance : photographe, illustrateur, chroniqueur, guide, professeur de yoga, blogueur, etc. Forts de leurs passions et de leur expertise, ils peuvent prendre part à de nouveaux projets à leur guise, façonnant un nouveau mode de vie et de travail qui n'est pas conditionné par des horaires de bureau.

« L'opinion publique sur les freelancers a changé : ils ne sont plus vus comme des personnes oisives sans travail stable », souligne Bao Aile, responsable marketing chez Lagou.com.

Les tentatives audacieuses des jeunes

Il n'est peut-être pas si original de louer une tenue pour une cérémonie, mais que diriez-vous de louer des vêtements du quotidien, pour changer de style au fil de vos envies ? De plus en plus de plates-formes, comme Yi23.net, MSParis, Meilizu, Duolayimeng, tentent de répondre à cette demande et de se prendre la tête du marché.

Pour s'inscrire à ce type d'application, l'intéressé doit verser une cotisation de quelques centaines de yuans, après quoi il peut bénéficier chaque mois d'un service illimité de location de vêtements, à raison de trois pièces empruntées maximum par commande. Proposant des tenues haut de gamme, ainsi que des habits très à la mode, ces applications visent en priorité les femmes citadines travaillant comme cols blancs. Sur le plan de l'hygiène, pour dissiper les inquiétudes de certains clients, ces plates-formes coopèrent avec des pressings ou choisissent carrément d'établir leur propre laverie.

Parmi les jeunes habitués à faire des emplettes sur Taobao.com, beaucoup consultent également l'application Xianyu (sous la bannière de Taobao), dédiée à la vente d'articles d'occasion. Créée en 2014, l'application Xianyu est une plate-forme d'échange de biens non utilisés, de logements et de voitures de seconde main, qui propose également de partager des savoir-faire et des techniques.

L'économie du partage est née aux États-Unis, dans un contexte où les gens entassent trop d'affaires et ont à cœur de mettre ces biens qu'ils n'utilisent plus à disposition d'autrui. Un phénomène que ressentent aujourd'hui beaucoup de jeunes Chinois également. D'ailleurs, 55 % des abonnés de Xianyu (au nombre de 200 millions en 2016) sont âgés de 16 à 27 ans ; la majorité d'entre eux sont nés dans les années 90. C'est pourquoi à la fin de l'année scolaire de 2016, Xianyu a organisé des marchés pour l'échange d'articles de seconde main dans 117 universités, une initiative très appréciée des étudiants diplômés désireux de se débarrasser d'une partie de leurs affaires avant leur départ.

La génération « post-90 » échange non seulement des objets, mais crée aussi son propre mode de vie ou sa culture. Par exemple, ces jeunes osent vendre leurs compétences ou leur temps contre rémunération. Les possibilités sont exhaustives ! Certains proposent même des services de réveil ou encore de tirage de tarot.

En plus du partage des biens, vous pouvez partager votre bureau. Avec le boom de l'entrepreneuriat, le besoin en espaces de travail s'est accru. Plate-forme pionnière du partage de bureaux, People2 détient déjà 15 espaces de travail. À son âge d'or, dès qu'il ouvre un local, celui-ci affiche complet les 2 ou 3 mois qui suivent. Le partage de bureaux permet d'économiser le loyer, mais pas seulement. Il s'agit aussi de mettre en commun les ressources locales. Dans un même espace, les différents groupes de travail peuvent se prêter les équipements, demander conseil à un technicien pour un problème spécifique, apporter un soutien d'un autre type en échange… Il arrive même qu'une société soit conviée à une séance de brainstorming d'une autre société ou à un nouveau projet d'entrepreneuriat.

Vers la mise en place de mécanismes de confiance

La confiance est au cœur de l'économie du partage : la pérennité de ce mode de consommation repose sur des inconnus qui entrent en contact, à dessein de partager des biens. Conforter cette confiance à la base, prévenir les risques et améliorer le système de contrôle sont aujourd'hui les enjeux urgents auxquels fait face l'économie du partage.

Selon une enquête menée par iCarsclub, dans les métropoles comme Beijing et Shanghai, seulement 17 % des propriétaires se disent prêts à laisser en partage leur voiture à des inconnus. Beaucoup de personnes interrogées craignent toutes sortes de problèmes éventuels, comme la disparition du véhicule, les dommages causés par un mauvais usage ou la non-rentabilité des revenus de location par rapport aux frais d'entretien.

Il est déjà arrivé qu'une voiture louée se retrouve illicitement hypothéquée dans une autre ville, par exemple. Après cet incident, iCarsclub a décidé de vérifier chaque fois les informations d'identité fournies par le locataire via le réseau des autorités de sécurité publique et de transport. L'application a aussi pris des mesures pour optimiser son système de contrôle des risques : elle s'assure notamment que le locataire est titulaire du permis de conduire depuis plus de six mois, qu'il n'a pas perdu plus de neuf points et qu'il n'a pas commis de fautes graves ces trois dernières années, notamment conduite en état d'ivresse, conduite dangereuse ou infraction punie d'un retrait provisoire du permis de conduire.

Les mécanismes de confiance constituent un maillon essentiel dans l'économie du partage. Le 14 avril dernier, un responsable de la Commission nationale du développement et de la réforme a indiqué que les informations sur la fiabilité des usagers seront transmises entre les sociétés de vélopartage, le site creditchina.gov.cn et les agences de vérification d'identité ; de même, des mesures conjointes d'incitation et de sanction seront mises en application, dans le but d'assurer un développement normalisé du vélopartage qui soit digne de confiance.

D'après Chen Chi, il convient d'établir un environnement crédible pour l'économie du partage, par l'établissement de règles et la notation de chaque usager, comme cela existe déjà aux États-Unis ou dans l'Union européenne. Selon lui, si tout auteur d'actes malhonnêtes est inévitablement puni, les inconnus procèderont à des échanges sans appréhension.

À en croire la tendance, à l'avenir, ces mécanismes de confiance joueront véritablement un rôle de plus en plus important dans l'économie du partage.

*SHI XUN est un vétéran du secteur des médias.

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