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Regard sur la Chine

[Environnement] Culture maraîchère dans le désert

Je veux commenter  LI YUAN 2017-08-16 04:44:19    Source:la Chine au présent

Non, ce n’est pas un mirage. Les Chinois font réellement pousser des légumes dans le désert ! Visite et dégustation dans la zone agricole pilote d’Engebei, dans le désert de Kubuqi.

Sous la serre tunnel installée dans la zone écologique pilote d’Engebei pousse un enchevêtrement de tiges et feuilles verdoyantes, qui offrent un contraste frappant avec le décor extérieur, à savoir le désert de Gobi. « Venez goûter les nouvelles variétés que nous avons réussi à cultiver », lance chaleureusement Liu Xueqin, agricultrice chargée de la sélection des semences. Parmi les fruits et légumes qu’elle vient tout juste de cueillir figurent pastèques à chair jaune, cantaloups, mini-concombres, fraises… Bien que ceux-ci soient de petite taille, ils sont très parfumés et sucrés. « Des qualités caractéristiques des fruits et légumes du désert », nous fait savoir Liu Xueqin.

Engebei, dont le nom signifie en langue mongole « paix et félicité », est situé au beau milieu du désert de Kubuqi, une des huit grandes zones arides de Chine. Ces dernières années, Engebei a développé énergiquement l’industrie du sable et a réussi à transformer cet endroit auparavant inhospitalier en une zone écologique pilote d’échelon national, en un site touristique reconnu par l’État et en une zone pilote nationale d’écotourisme.

Liu Xueqin récoltant des légumes

L’essor de l’« industrie du sable »

La Chine abrite 2,62 millions de km² de zones désertiques, soit 27 % de la surface totale du territoire. Elle figure ainsi parmi les pays présentant la plus vaste superficie désertique et souffrant le plus des effets de la désertification.

Qian Xuesen, célèbre scientifique chinois, est le premier à avoir avancé, dans les années 80, les théories intitulées « industrie du sable » et « industrie des prairies ». Il avait prédit que les 1,6 milliards de mu (1 mu = 1/15 hectare) qu’occupe le désert de Gobi dans l’ouest de la Chine pourraient rapporter chaque année des centaines de milliards de yuans à la population. Un « mythe » dont l’accomplissement passe par l’essor de l’industrie du sable.

Depuis 1984, date à laquelle Qian Xuesen a proposé ses théories, les concepts d’industrie du sable et d’industrie des prairies font l’objet d’une attention toujours plus prononcées. Au fur et à mesure de l’application de la stratégie de revalorisation de la partie ouest de la Chine et de la restructuration industrielle dans le secteur agricole, les provinces du Shaanxi, du Gansu et du Ningxia ainsi que la région autonome de Mongolie intérieure, sont les témoins du boom de ces deux industries. Les nouvelles filières qui en découlent stimulent non seulement l’économie locale, en aidant les agriculteurs et les éleveurs du coin à gagner leur vie, mais explorent aussi une nouvelle piste pour la préservation des écosystèmes en Chine.

La zone écologique d’Engebei est un exemple de l’industrie du sable qui a émergé en Mongolie intérieure. Ren Xuejun, directeur général de l’Administration de l’agriculture, l’élevage, la sylviculture et la pisciculture à la Commission d’administration de la zone pilote d’Engebei, précise : « Ici, nous sommes en bordure du désert et les terres cultivables se font donc très rares. Néanmoins, nous nous fixons pour objectif d’y faire pousser les meilleurs fruits et légumes en recourant aux technologies les plus sophistiquées. Nous souhaitons servir de modèle pour l’industrie du sable et l’exploitation des nouvelles ressources. La mise sur le marché de nos fruits et légumes bio permettra de dynamiser l’économie locale et d’élever le niveau de vie des citoyens alentour ».

Liu Xueqin présente la serre aux visiteurs.

La métamorphose du désert en oasis

Mise en chantier en 2008, la zone agricole pilote d’Engebei est entrée en service en 2009. Liu Xueqin, fille du Shandong issue de la génération dite des « post-1980 », est arrivée à Engebei au tout début des travaux, juste après l’obtention de son diplôme. Elle a alors commencé à pratiquer la culture sous serre et à faire pousser de nouvelles variétés de fruits et légumes.

Afin de mieux exploiter les conditions climatiques d’Engebei, qui se caractérisent par un fort taux d’ensoleillement et un écart de température important entre le jour et la nuit, des serres laissant passer les rayons du soleil et des serres tunnel semi-enterrées, les deux types conservant bien la chaleur, ont été aménagées dans la zone agricole pilote. Pour ce qui est de l’irrigation, elle est assurée par la technique appelée « goutte-à-goutte », conçue par l’Académie des sciences de Chine, qui permet d’économiser 60 % d’eau par rapport aux méthodes classiques. « Plus de lumière et moins d’arrosage ; des nouvelles technologies et un haut rendement » sont les grands principes qui résument le concept d’industrie du sable.

Liu Xueqin raconte qu’au début, les cultivateurs ont importé des variétés étrangères telles que les poivrons colorés d’Israël, des cantaloups de Hokkaido (Japon) et des pastèques à chair jaune de Taiwan. Pour diminuer les coûts, ils ont acheté un terreau à base de terre noire pour enrichir le sol local, mais en raison de sa salinité, les plants de poivrons colorés n’ont pas survécu. Par conséquent, les agriculteurs ont remplacé la terre noire par des supports de culture plus appropriés. En outre, l’exposition lumineuse était trop intense pour les poivrons, qui étaient « brûlés » par le soleil à divers degrés. Pour résoudre le problème, des filets d’ombrage ont été installés et le nombre de feuilles a été diminué. « Quelles que soient les variétés, il faut procéder à des ajustements pour qu’elles puissent s’adapter au sol et aux conditions climatiques. Et comme il n’existe pas d’expériences préalables auxquelles nous pourrions nous référer, nous ne pouvons compter que sur nos propres essais et observations », fait remarquer Liu Xueqin.

En 2015, la zone a commencé à importer de nouvelles variétés venues de loin : de l’espace ! « Ces nouvelles variétés cultivées dans l’espace sont plus résistantes que les autres, que ce soit au froid, à la sécheresse, à la salinité, aux maladies ou aux insectes nuisibles. À ce titre, elles sont nettement supérieures aux variétés ordinaires, déclare Liu Xueqin. Voilà l’orientation que doit suivre l’agriculture à l’avenir, afin de nourrir la population avec des aliments bio. »

La culture dans l’espace est une technique de pointe, qui suit la procédure suivante : tout d’abord, des semences ou des jeunes plants placés dans des tubes à essai sont envoyés dans l’espace à bord de modules spatiaux récupérables ; puis, dans cet environnement spécial qu’il est impossible de simuler sur Terre, les semences ou jeunes plants subissent des mutations ; enfin, les pousses sont renvoyées sur Terre, où s’opère une sélection des nouvelles semences obtenues, afin de poursuivre la culture de nouvelles variétés génétiquement améliorée. Pour le moment, seuls les États-Unis, la Russie et la Chine ont expérimenté cette technique, avec des résultats encourageants. La zone pilote cultive une vingtaine de ces nouvelles variétés revenues de l’espace (notamment maïs, petits melons, mini-concombres et mini-courges cireuses).

Chaque jour, le matin et l’après-midi, Liu Xueqin doit se rendre à la zone pilote pour s’assurer de la bonne croissance des plants. Qu’il vente, qu’il neige ou qu’il fasse une chaleur étouffante, elle ne manque jamais à son devoir. Et une fois sa journée de travail terminée, elle se plonge dans l’étude des nouvelles variétés aux ordres et noms multiples, des nombreuses maladies qui affectent les végétaux et des dernières techniques de culture biologique qui ne cessent de voir le jour. Elle cherche également conseil auprès des experts et des aînés du village. Ainsi, en l’espace de huit ans, elle a accumulé une riche expérience en matière de culture dans le désert.

« Transformer le désert en oasis, transformer cette oasis en lieu de vie et transformer ce lieu de vie en paradis… Tel est la finalité de l’industrie du sable », synthétise Liu Xueqin. Actuellement, la zone pilote d’Engebei compte 136 serres, dont une « serre intelligente », 42 serres semi-enterrées et 93 serres en arceaux, pour une surface exploitée totalisant 174 mu.

Les revenus des paysans revus à la hausse

Aujourd’hui, grâce aux soins attentifs de Liu Xueqin, plus de 200 variétés de fruits et de légumes ont été plantées dans la zone pilote, formant un joli paysage symbole de l’agriculture naissante à Engebei. D’après Liu Xueqin, l’étendue des cultures devrait être élargie et les nouvelles techniques devraient être généralisées, pour permettre aux agriculteurs du coin de faire augmenter leurs revenus.

« Les agriculteurs et éleveurs se sont habitués aux procédés de culture extensive fondés sur l’empirisme, ne croyant pas aux possibilités de gestion intensive et scientifique, affirme Liu Xueqin. Cependant, après avoir vu les résultats obtenus à Engebei, ils ont tous été convaincus par cette méthode moins courante. » La zone d’Engebei ouvre ses portes aux paysans voisins pour leur permettre d’apprendre gratuitement les techniques employées. Aujourd’hui, une trentaine d’entre eux les maîtrisent et bénéficient d’un bon rendement sur leurs parcelles.

Liu Xueqin prend l’exemple des tomates pour fournir un aperçu de la nouvelle capacité de production individuelle de ces agriculteurs : un mu peut donner jusqu’à 5 tonnes de fruits, récoltés deux fois par an ; d’après un rapide calcul se basant sur les tarifs actuels du marché, le revenu net annuel des agriculteurs peut grimper à 50 000 yuans. Liu Xueqin ajoute que les légumes et les fruits cultivés dans la zone pilote se vendent bien, en raison de leur garantie bio, de leur bon goût et de leur haute valeur nutritive. Ils finissent majoritairement sur les tables des habitants locaux, mais certains produits phares sont exportés jusqu’à Hong Kong.

Cette zone agricole pilote n’est en fait que l’un des nombreux programmes mis en place à Engebei dans le cadre du développement de l’industrie du sable. Il existe encore une zone de culture, une zone d’aquaculture, une zone de projet axé sur le biogaz et une zone de culture de micro-algues. Le tout forme un parc de démonstration d’économie circulaire à Engebei.

Depuis quelques années déjà, les habitants d’Engebei se penchent sur la théorie de l’industrie du sable et ont réussi l’impensable : transformer le désert en oasis. Depuis 2011, une série de séminaires sur la mise en valeur du désert a été organisée dans la ville, notamment, le Forum écologique d’Engebei ou encore la Conférence conjointe de l’Association nationale pour l’industrie du sable et la lutte contre la désertification. Les locaux espèrent profiter des mesures anti-désertification prises pour faire émerger, au beau milieu du désert, une véritable industrie agricole moderne.

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