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Regard sur la Chine

La guitare, un instrument contre la pauvreté

Je veux commenter  MA LI 2018-11-07 07:23:21    Source:la Chine au présent

Les guitares fabriquées à Zheng’an avec des matières primaires venues des quatre coins du monde

Érable du Canada, frêne d’Amérique, bois de rose d’Indonésie... Ces ressources primaires, qui proviennent de différents endroits sur Terre, sont ensuite transformées en une guitare raffinée par des petites mains travailleuses œuvrant au cœur des montagnes du Guizhou. Grâce aux moyens logistiques modernes, ces merveilleux instruments à cordes au son chaleureux se vendent à présent dans les grandes villes chinoises, et même un peu partout à l’étranger.

Le 1er octobre dernier (jour de la Fête nationale), une foule de jeunes s’est rassemblée dans un district dénommé Zheng’an (province du Guizhou), à 2 000 km de la capitale, pour chanter en chœur le titre intitulé Aujourd’hui, c’est ton anniversaire en s’accompagnant à la guitare. Une manière enjouée de célébrer le 69e anniversaire de la République populaire de Chine. Le choix de la guitare peut sembler anodin, mais aux yeux de ces jeunes, cet instrument représente leur « ticket de sortie » de la pauvreté.

La « petite ambition » d’un fabricant de guitare

Zheng’an est situé dans l’arrière-pays, plus précisément au cœur des monts Wuling dans le nord du Guizhou. Sous la juridiction de la ville de Zunyi, Zheng’an est un district clé dans le cadre de l’effort national de réduction de la pauvreté par le développement. Au milieu des années 1980, afin d’offrir aux locaux de meilleurs revenus, le gouvernement du district de Zheng’an a décidé de déplacer près de 200 000 habitants vers des zones côtières plus prospères, notamment au Guangdong, au Zhejiang et au Fujian. Parmi eux, 20 000 à 30 000 personnes y ont trouvé du travail dans la fabrication de guitares.

Le filon de la guitare a commencé à se développer à Zheng’an il y a cinq ans seulement, suite à une décision du comité du Parti et du gouvernement du district. En effet, en 2013, le district de Zheng’an a saisi l’opportunité d’importer de Guangzhou son savoir-faire industriel dans la fabrication de guitares, dans le cadre d’un transfert industriel négocié avec les zones côtières. C’est ainsi que cette filière est progressivement devenue un levier industriel majeur pour lutter contre la pauvreté. Zheng Chuanjiu, 40 ans, est le premier à avoir rapporté ce savoir-faire à Zheng’an.

« Quand je vivais à Guangzhou, je travaillais dans la vente de guitares et mes affaires se portaient bien. Un jour, je suis rentré à Zheng’an à l’occasion de la fête du Printemps et je me suis entretenu longuement avec un responsable du district alors en charge de ce projet de transfert industriel. Le contact est bien passé, j’ai donc convenu de délocaliser mon usine de production de Guangzhou à Zheng’an. » Zheng Chuanjiu a avoué qu’un autre critère l’a poussé à faire ce choix : chaque fois qu’il rentrait pour la fête du Printemps, il était triste de voir les conditions de vie misérables des ruraux. Il proposait à certains d’entre eux de venir travailler dans son usine pour gagner plus d’argent. En ces temps-là, déjà 90 % des ouvriers qu’il employait à Guangzhou étaient originaires de Zheng’an. « La délocalisation de mon usine a été doublement favorable : cette décision a permis non seulement de guérir le mal du pays dont souffraient certains travailleurs, mais aussi d’ouvrir des opportunités d’emploi sur place. »

Depuis, cinq années se sont écoulées et les activités de Zheng Chuanjiu ont connu un essor, ses effectifs passant d’une centaine de salariés à plus d’un millier. Quant à la valeur de la production annuelle, elle a grimpé à plusieurs centaines de millions de yuans, contre quelques dizaines de milliers en 2013, ce qui a permis à 141 ménages pauvres de dire directement « adieu » à la pauvreté.

Ces dernières années, inspirés par Zheng Chuanjiu, plus de 300 habitants de Zheng’an partis travailler dans la fabrication de guitares ont choisi de revenir sur leur terres natales, créant de ce fait plus de 10 000 emplois directs. Les guitares produites à Zheng’an répondent aujourd’hui à la demande du marché national, mais se vendent aussi à l’étranger, notamment aux États-Unis, au Japon, au Brésil, en Espagne et en Allemagne. Muni de sa guitare, Zheng Chuanjiu, qui avoue ne pas savoir lire une partition, a su créer un élan qui a conduit les gens du coin à sortir de la pauvreté et à s’enrichir. Mais il tient encore à achever sa « petite ambition » : « J’aimerais que d’ici deux à trois ans, tous les habitants de Zheng’an qui ont quitté le village en quête de travail reviennent ici, influencés par notre exemple. Je fais également le vœu que la fabrication de guitares devienne un pilier industriel vecteur de richesse pour le district et ses habitants. »

Le grand rêve d’un « champion des ventes en ligne »

« Quand j’étais plus jeune, ma famille était très pauvre. Dans ce contexte, j’ai préféré laisser tomber l’école pour chercher des petits boulots au Guangdong. Je me suis enrôlé dans l’armée pour accomplir mon rêve de devenir soldat. Puis, j’ai travaillé dans le domaine de la sécurité et de l’informatique. Ensuite, je suis devenu directeur général adjoint chargé de l’e-commerce pour une entreprise opérant dans les technologies », raconte Zhao Shan, dont le parcours de vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Aujourd’hui, du haut de ses 33 ans, il est propriétaire de sa société de guitares Baïkal.

En 2016, Zhao Shan a répondu positivement à l’appel lancé par le comité du Parti et le gouvernement du district de Zheng’an, qui ambitionnaient de consolider le secteur de la fabrication d’instruments de musique en construisant une vaste plate-forme industrielle, en créant de grandes entreprises et en formant des grappes industrielles. À ce moment-là, il est rentré dans son village natal, puis a fondé sa SARL baptisée Baïkal. C’est l’unique entreprise du Guizhou à avoir adopté l’approche « Internet + », appliquant les principes marketing nationaux et internationaux au secteur de la fabrication de guitares.

S’appuyant sur son savoir-faire technique couplé à ses connaissances en e-commerce, le 20 juillet 2016, il a mis en vente sur la Toile sa propre marque de guitare, dénommée Weibo. En seulement trois mois, sa marque s’est hissée à la troisième place des meilleures ventes sur Tmall. En 2016, le 11 novembre et le 12 décembre (fêtes du « double 11 » et du « double 12 », lors desquelles de grosses promotions sont offertes), la société a écoulé un total de 15 000 guitares sur Internet, arrivant en tête des ventes à l’échelle nationale pour ces mois-ci.

« Le développement des sociétés de guitares, au-delà de leurs efforts de positionnement sur le marché, est indissociable des progrès technologiques modernes, tout comme elle est indissociable des faveurs du gouvernement qui se traduisent par des politiques favorables et des subventions », affirme Zhao Shan. En outre, le secteur de la guitare, dans sa dynamique de croissance, entraîne le développement d’industries connexes, comme l’emballage et la logistique. « Il y a encore deux ans, à Zheng’an, lieu de pauvreté généralisée, les moyens logistiques n’étaient pas suffisants pour assurer les livraisons. Après l’envolée de nos ventes de guitares sur Internet, les services de livraison express et d’autres secteurs logistiques de Zheng’an ont connu sans plus attendre un réel essor, ce qui a indirectement créé plus de 1 200 postes », détaille-t-il.

Les fabricants de guitares implantés à Zheng’an travaillent majoritairement pour le compte de grandes marques, optant pour le modèle de la sous-traitance. Mais Zhao Shan estime qu’une entreprise, si elle veut aller plus loin, doit avoir sa propre marque, ses propres méthodes et modèles de production et ses propres canaux de vente, car à long terme, la sous-traitance présente son lot de risques et d’instabilités. « Nous avons concentré nos efforts à la fabrication de notre propre marque. Actuellement, nos produits sont disponibles sur les principales plates-formes chinoises d’e-commerce (Tmall et Jingdong, par exemple) et nous vendons à ce jour plus de 40 000 articles chaque mois. » La société de Zhao Shan, qui opère aussi bien sur le marché national que sur les marchés étrangers, adopte principalement le modèle P2C (Production to Consumer). Dans ce modèle, le produit est envoyé de l’usine directement au consommateur final, sans intermédiaire, ce qui garantit une économie des coûts et un avantage concurrentiel supplémentaire.

Mais à l’heure où il cherche à élargir et intensifier ses activités, Zhao Shan ne perd pas de vue la responsabilité sociale que doit assumer sa société. Il nous conte l’histoire de Zheng Guoshuang, alors ménagère au sein d’un foyer répertorié comme vivant sous le seuil de pauvreté. En mars de cette année, elle a intégré l’usine de production, où elle a été formée gratuitement et, pendant cette période, elle touchait 2 200 yuans comme allocation de subsistance. Maintenant que cette période de formation est terminée, elle touche 4 000 à 5 000 yuans de revenu chaque mois.

« Aider les ménages pauvres à se débarrasser de la pauvreté n’est qu’une première étape. Fondamentalement, il faut donner aux paysans les moyens de se reconvertir dans le secteur industriel », explique Zhao Shan. Les techniciens et ouvriers de Baïkal sont tous domiciliés à Zheng’an. Parmi les effectifs, sur 441 personnes, 82 ont été répertoriées comme vivant sous le seuil de pauvreté et cinq ont été déplacées hors de zones défavorisées. Par conséquent, on peut dire que Zhao Shan a atteint son objectif de favoriser l’emploi via le secteur industriel, pour qu’à son tour, l’emploi favorise la réduction de la pauvreté.

En mai 2017, en reconnaissance de son dévouement dans la lutte contre la pauvreté, Zhao Shan a reçu la « Médaille du 4 mai de la jeunesse du Guizhou », un titre honorifique qui lui a été décerné par le Bureau des ressources humaines et de la protection du Guizhou, le Comité provincial de la Ligue de la jeunesse communiste du Guizhou et la Fédération de la jeunesse du Guizhou. « Je m’efforcerai, dans les trois à cinq ans à venir, de créer à Zheng’an, par l’intermédiaire de ma société Baïkal, un centre de regroupement des activités de vente en ligne, de services en ligne et de startups innovantes, pour donner une bonne image de l’entreprise et inciter les personnes pauvres du district à venir travailler au sein de ma société. » Zhao Shan nous confie : tel est son plus grand rêve pour le développement de sa société.

Après cinq années de développement, Zheng’an, le district, abrite aujourd’hui la plus grande base de production de guitares au monde. Vingt-six sociétés se sont implantées successivement dans ce parc industriel de la guitare, où sont confectionnées plus de cinq millions de guitares par an pour une valeur d’environ six milliards de yuans à la sortie de l’usine. Les guitares produites ici sont vendues dans une trentaine de pays et régions du monde, représentant 30 % du total des guitares Made in China exportées. Cette industrie, par sa croissance, a engendré une dizaine de milliers de postes, ce qui a permis à plus de 4 600 personnes de s’extirper de la pauvreté. De nos jours, outre les centres de données Cloud avancés et les usines de production modernes couvrant à elles seules plus de 600 000 m2, cette zone comprend un parc thématique sur la culture de la guitare. Ce parc contribuera à la modernisation industrielle de Zheng’an, soit le passage de la simple production industrielle à un modèle tridimensionnel intégrant fabrication, culture et tourisme.

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