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Regard sur la Chine

Pourquoi la Chine remporte-t-elle un tel succès dans la réduction de la pauvreté ?

Je veux commenter  WANG SANGUI 2018-11-08 08:22:16    Source:la Chine au présent

Le 30 mai 2018, les membres du Parti de l’entreprise State Grid du district de Pingxiang (Hebei) visitent l’école primaire Zhongyiting dans un village pauvre.

Au cours de ces 40 dernières années de réforme et d’ouverture, alors que la Chine a connu un développement rapide de son économie et de sa société tout en approfondissant le travail d’aide au développement, elle a remporté un succès remarquable dans le domaine de la réduction de la pauvreté : plus de 700 millions de personnes rurales sont sorties de la pauvreté, ce qui représente un record historique mondial. Pourquoi la Chine remporte-t-elle un tel succès dans la réduction de la pauvreté ? Quelle est la logique de développement derrière cet accomplissement ?

Des efforts sans cesse intensifiés

Selon le seuil de pauvreté en vigueur en Chine (2 300 yuans de revenu net annuel par habitant à prix constants en 2010), le nombre d’habitants dans les campagnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 770 millions en 1978 à 30,46 millions à la fin 2017, soit une réduction de 740 millions. Le taux de pauvreté a baissé, passant de 97,5 % en 1978 à 3,1 % à la fin 2017. En 40 ans, la plupart des habitants des campagnes sont sortis de la pauvreté absolue et leur qualité de vie s’est beaucoup améliorée.

Par ailleurs, on constate une évolution notable des populations pauvres dans les campagnes chinoises. au cours de ces dernières années, les efforts de lutte contre la pauvreté et de développement ont sans cesse été intensifiés. Bien qu’il soit de plus en plus difficile d’éradiquer la pauvreté, son recul continue de s’accélérer. Entre 1978 et 1985, période où la réforme du système a joué un rôle clé dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement, 109,38 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, ce qui représente 15,63 millions de personnes par an. Le taux annuel de réduction de la pauvreté (soit le nombre moyen de personnes sorties de la pauvreté par an sur une période donnée divisé par le nombre total de personnes vivant sous le seuil de pauvreté au début de cette période) s’élevait à 2,0 %. Entre 1986 et 2000, période pendant laquelle la priorité a été la satisfaction des besoins élémentaires du quotidien, 198,77 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, ce qui représente 13,25 millions de personnes par an, soit un taux annuel de réduction de la pauvreté de 2,0 %. Entre 2001 et 2010, décennie où la priorité a été de consolider la satisfaction des besoins élémentaires du quotidien, 296,57 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, ce qui représente 29,66 millions de personnes par an, soit un taux annuel de réduction de la pauvreté de 6,4 %. Entre 2011 et 2017, sept années où la priorité a été l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, 135,21 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, ce qui représente 19,32 millions de personnes par an, soit un taux annuel de réduction de la pauvreté de 11,7 %.

La qualité de vie des habitants dans les campagnes s’est améliorée sur tous les plans. Premièrement, les revenus ont connu une nette augmentation et leur structure a été optimisée. En 2017, le revenu moyen disponible par habitant dans les campagnes (calculé selon les prix constants de 1978) s’élevait à 2 106,9 yuans, contre 133,6 yuans en 1978. Le revenu a donc été multiplié par 15. En même temps, la structure du revenu n’a cessé d’être optimisée. Si l’on ne tient pas compte de la fluctuation des prix, le revenu moyen de la propriété et de transfert par habitant dans les campagnes en 2017 était 305 fois supérieur à celui de 1978. La croissance de ces deux catégories de revenus est beaucoup plus importante que celle du revenu net moyen sur la même période. La part de ces deux catégories de revenus est passée de 7,1 % en 1978 à 21,6 % en 2017. Les sources de revenus sont plus diversifiées. Deuxièmement, la capacité de consommation des foyers s’est nettement renforcée. Dans les campagnes, la consommation moyenne par habitant (calculée selon les prix constants de 1978) a atteint 1 719,8 yuans en 2017, ce qui représente 14 fois celle de 1978. Le coefficient Engel (part du revenu allouée aux dépenses alimentaires) est passé de 67,7 % en 1978 à 31,2 % en 2017, soit une baisse de 36,5 %. Selon la norme internationale, au regard du coefficient Engel, les foyers ruraux chinois se rapprochent désormais des foyers riches.

La forte croissance économique : une force motrice de la réduction de la pauvreté

Divers facteurs contribuent à la réussite chinoise en matière de réduction de la pauvreté. Le plus important est la forte croissance économique, notamment le développement de l’agriculture et le développement rural.

Le moteur fondamental de la réduction de la pauvreté est la forte croissance économique sur le long terme qui a une double influence. Premièrement, une influence directe : le développement économique a créé plus d’emplois et plus d’opportunités d’augmenter les revenus. Deuxièmement, une influence indirecte : plus l’économie est développée et plus le pays est puissant, plus le gouvernement est capable d’aider les populations défavorisées à sortir de la pauvreté.

Le succès chinois sur le plan de la réduction de la pauvreté est étroitement lié à la forte croissance économique enregistrée par le pays au cours de ces 40 années de réforme et d’ouverture. Le PIB chinois (calculé selon les prix constants de 1978) est passé de 367,87 milliards de yuans en 1978 à 11 849,97 milliards de yuans en 2016, ce qui représente une multiplication par 32 et une croissance moyenne annuelle de 9,6 %. Sur la même période, le taux de pauvreté a connu une baisse comparable.

En comparaison avec les secteurs secondaire et tertiaire, c’est le développement du secteur primaire qui contribue le plus à la réduction de la pauvreté. D’abord, parce que les populations pauvres se concentrent principalement dans les régions rurales. Selon le seuil de pauvreté de 2010, en 1978, 80 % de la population totale était des habitants pauvres vivant en milieu rural. Le développement de l’agriculture et de l’économie rurale entraîne une augmentation du revenu des paysans. Deuxièmement, les foyers défavorisés vivent principalement de l’agriculture. Et plus un foyer est pauvre, plus il est dépendant de l’agriculture. En 1978, 94,1 % du revenu total des foyers du milieu rural provenait du secteur primaire. Par comparaison, en 2006, 32,8 % des revenus nets par habitant des 20 % de la population rurale aux revenus les plus élevés provenait du secteur primaire, soit 22 % de moins que la moyenne qui est de 54,5 %. Troisièmement, en Chine, la distribution des facteurs de production agricole (la terre par exemple) est équitable, de sorte que les paysans défavorisés vivant de l’agriculture peuvent bénéficier du développement agricole. Le système agraire chinois garantit le droit de production des paysans.

Le 23 septembre 2018, l’ethnie yao, du district autonome multiethnique de Longsheng de la ville de Guilin (Guangxi), célèbre l’équinoxe d’automne.

L’aide régionale accélère le développement des régions pauvres

La forte croissance économique à long terme en Chine a fortement contribué à la réduction de la pauvreté. Mais les écarts de revenus qui n’ont cessé d’augmenter ont aggravé la pauvreté régionale, empêchant les plus pauvres de bénéficier du développement. Pour résoudre ce problème, le gouvernement chinois a pris une série de politiques et mesures pour favoriser le développement de ces régions pauvres.

L’aide régionale aux démunis stimule le développement des régions pauvres. Prenons le Plan septennal pour faire sortir de la pauvreté 80 millions d’habitants ruraux (1994 à 2000) : les districts défavorisés soutenus en priorité par l’État ont réalisé une augmentation de la valeur ajoutée agricole de 54 %, soit une croissance annuelle de 7,5 %. C’est 0,5 % de plus que le niveau général des régions rurales. La production céréalière a augmenté de 12,3 %, ce qui représente une croissance annuelle de 1,9 %, soit 3,2 fois la croissance moyenne de l’ensemble du pays, qui était de 0,6 %. Le revenu net par habitant de la population rurale est passé de 648 yuans à 1 337 yuans, avec une croissance annuelle de 12,8 %, soit 2 % plus haut que le niveau national. Entre 2001 et 2010, le gouvernement a renforcé l’aide accordée aux 150 000 villages pauvres. Résultats : la croissance annuelle du revenu net par habitant de ces villages a été supérieure de 3 % à la moyenne des régions rurales du pays. L’écart entre le revenu dans les régions défavorisées et le revenu moyen de l’ensemble des régions rurales a diminué. La part du revenu moyen par habitant des districts défavorisés dans le revenu moyen par habitant de l’ensemble des régions rurales est passée de 51,8 % en 1985 à 68,4 % en 2016.

Par ailleurs, les divers investissements dans la lutte contre la pauvreté ont permis d’améliorer considérablement les infrastructures et le niveau de vie des populations rurales, et de stimuler la production. Le revenu des foyers ruraux a constamment augmenté et les emplois se sont multipliés continuellement. Ces 40 dernières années, les finances centrales ont alloué plus de 600 milliards de yuans de fonds spéciaux d’aide aux démunis. Entre 2013 et 2017, soit en seulement 5 ans, 282,2 milliards de yuans ont été investis dans ce domaine. Les finances locales ont aussi augmenté leurs investissements dans la lutte contre la pauvreté. En plus des fonds spéciaux des finances centrales et locales, d’autres formes d’aides financières ont été allouées, entre autres des crédits à taux d’intérêt bonifié, des subventions pour le reboisement des terres agricoles ainsi que des allocations de minima sociaux. En 2016, l’investissement spécial dédié aux régions pauvres s’est élevé à 295,86 milliards de yuans.

L’assistance ciblée aux démunis, un facteur d’éradication de la pauvreté

Après trois décennies de mise en place d’aides régionales, la répartition des populations pauvres a changé. Des foyers de pauvreté se sont substitués aux régions pauvres. Ces populations restantes étaient en proie à une misère plus grave, il était donc plus difficile de les en faire sortir. Vu que la population pauvre était de moins en moins nombreuse à tirer profit de l’« effet de ruissellement », il était nécessaire que les mesures d’aide aux démunis soient plus ciblées. En novembre 2013, le secrétaire général Xi Jinping a présenté pour la première fois l’assistance ciblée aux démunis. La Direction générale du Comité central du PCC et la Direction générale du Conseil des affaires d’État ont ensuite publié et distribué l’Avis sur l’innovation du système pour promouvoir concrètement le travail d’aide au développement dans les régions rurales, dans lequel il est clairement indiqué qu’il faut mettre en place un système d’assistance ciblée dans les régions rurales.

L’assistance ciblée est directement accordée à un foyer ou à une personne pauvre. Les mesures principales consistent à identifier et enregistrer les personnes pauvres, à analyser les raisons de leur pauvreté, puis à leur offrir une assistance ciblée. L’objectif est de faire passer, définitivement, le revenu des foyers défavorisés enregistrés au-dessus du seuil de pauvreté, afin de satisfaire leur besoins en nourriture, vêtements, leur garantir un logement sûr ainsi qu’un accès à l’éducation obligatoire et aux soins médicaux de base. Pour augmenter le revenu des personnes démunies, l’assistance est axée sur le développement de l’agriculture spéciale, la recherche d’un emploi et de financements. Pour les régions reculées, les régions dotées d’un écosystème fragile et subissant de fréquentes catastrophes naturelles, les populations sont relogées dans des zones plus hospitalières. Le XIIIe Plan quinquennal prévoit de reloger 10 millions d’habitants. Les mesures d’aide à l’éducation consistent à réduire les frais de scolarité et dépenses diverses ou en exempter et à offrir des subventions aux enfants de différents âges. Pour les foyers qui comportent une personne souffrant de maladies graves et chroniques, les mesures d’aide en matière de santé visent à diminuer le coût des soins médicaux et augmenter la part de remboursement. Pour le premier cas, les patients bénéficient d’une assurance contre les maladies graves. et pour le second cas, ils bénéficient d’une prise en charge par un médecin exclusif. Pour les foyers dont le logement est délabré, les mesures visent à rénover des bâtiments. Pour les foyers dont les membres ne peuvent pas travailler, les mesures d’assurance sociale minimum sont mises en place.

Depuis le lancement de l’assistance ciblée aux démunis en 2014, le recul de la pauvreté s’est nettement accéléré. Entre 2014 et 2017, la population rurale pauvre est passée de 82,49 millions à 30,46 millions, ce qui représente une réduction annuelle moyenne de 13 millions de personnes et un taux moyen annuel de réduction de la pauvreté de 15,8 %. L’accélération du recul de la pauvreté est la preuve que l’assistance ciblée aux démunis joue un rôle essentiel pour réduire les populations les plus démunies.

Travailler ensemble pour remporter la lutte décisive contre la pauvreté

L’objectif est de s’assurer que d’ici 2020 toutes les populations rurales démunies et tous les districts pauvres, définis selon les critères en vigueur dans notre pays, soient sortis de la pauvreté, et de les faire entrer dans la société de moyenne aisance en même temps que l’ensemble du pays. Le Comité central du PCC et le Conseil des affaires d’État ont promulgué récemment les Directives sur les actions pour gagner la lutte décisive contre la pauvreté dans les trois ans à venir. Ce document précise qu’il faut sortir plus de 30 millions d’habitants pauvres restants d’ici trois ans. Aujourd’hui, ces populations sont concentrées dans les régions les plus défavorisées et l’on trouve des cas particuliers de pauvreté dans les autres régions rurales qui ne sont pas considérées comme pauvres. Les régions les plus défavorisées souffrent d’un écosystème fragile, disposent de ressources naturelles limitées et sont souvent frappées par des catastrophes naturelles. Il est donc difficile d’y développer l’industrie et d’augmenter les revenus de manière stable. Ce sont les régions où vivent les ethnies minoritaires ; le niveau d’instruction y est bas et les ressources humaines y font défaut. La plupart de la main-d’œuvre ne parlant pas chinois dans certaines régions, il leur est impossible de trouver un emploi ailleurs. En outre, dans certaines régions d’extrême pauvreté, il est particulièrement difficile de rénover les bâtiments délabrés. Dans les régions rurales qui ne sont pas considérées comme pauvres, les derniers facteurs de pauvreté sont la maladie, la mobilité réduite ou la paresse. Dans les cas de la maladie ou de la mobilité réduite, les foyers manquent de main-d’œuvre et leur revenu est faible. En outre, leur charge médicale est lourde et ils risquent un fort endettement. Pour ce qui est de la paresse, cela traduit un manque de forces endogènes et une absence d’efforts pour améliorer la situation actuelle.

Afin de remporter la lutte décisive contre la pauvreté dans les trois années à venir, il faut prendre des mesures encore plus spécifiques pour apporter l’aide aux régions les plus défavorisées et aux cas particuliers dans les autres régions. Pour les régions d’extrême pauvreté, la priorité à court terme est de reloger les populations pauvres dans des zones plus hospitalières et de rénover les bâtiments délabrés. Sur le plan des revenus, des mesures doivent être mises en place pour : premièrement, stabiliser le revenu agricole de base en profitant davantage de la politique de lutte contre la pauvreté par les assurances ; deuxièmement, créer plus d’emplois d’intérêt public afin d’augmenter le revenu des foyers capables de travailler ; troisièmement, renforcer la formation professionnelle dans le but d’encourager plus de travailleurs à trouver un emploi ailleurs. Sur le long terme, il faut augmenter le capital humain et faire disparaître les idées rétrogrades à travers l’éducation à plusieurs niveaux. Le gouvernement peut mettre en place le transfert de paiement en liquide sous condition pour encourager les familles pauvres à bénéficier des services publics dans le domaine de l’éducation et de la santé. Le capital humain est la clé pour mettre fin à la perpétuation de la pauvreté de génération en génération. Concernant les populations dont la pauvreté est causée par la maladie ou la mobilité réduite dans les régions rurales qui ne sont pas considérées comme pauvres, il faut garantir les moyens d’existence par les diverses mesures politiques en matière de protection sociale. En même temps, il faut apporter un soutien prioritaire à leurs enfants pour qu’ils puissent recevoir autant que possible une meilleure éducation. Quant aux foyers dont la pauvreté est causée par la paresse, ils doivent recevoir des aides tant matérielles que spirituelles pour développer leur volonté de lutte.

L’expérience de la lutte contre la pauvreté depuis 40 ans montre qu’avec la ferme direction du Comité central du Parti communiste chinois ainsi que les efforts conjoints des instances gouvernementales à tous les niveaux et dans tous les milieux, la Chine sera capable de remporter la bataille décisive contre la pauvreté, une base solide pour l’édification intégrale de la société de moyenne aisance et la revitalisation des campagnes.

*WANG SANGUI est directeur de l’Institut de recherche sur la lutte contre la pauvreté de l’université Renmin de Chine.

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