Ling Youshi : rendre l’enseignement du chinois à l’étranger plus concret et plus attractif
La langue n’est pas seulement un outil de communication : elle constitue aussi un lien essentiel pour maintenir l’identité culturelle et transmettre une civilisation. Lors des « Deux Sessions » chinoises de cette année, Ling Youshi, députée à l’Assemblée populaire nationale pour la région de Hong Kong et professeure à l’Académie d’administration publique de Hong Kong, a proposé d’« accroître le soutien à l’enseignement du chinois au sein des communautés chinoises d’outre-mer », afin d’offrir une approche plus structurée et pragmatique au développement durable du chinois à l’étranger.
Aider la nouvelle génération de la diaspora à apprendre le chinois
Née à Taïwan, ayant grandi à Hong Kong et diplômée du département de chinois de l’Université chinoise de Hong Kong, Ling Youshi a un parcours personnel qui traverse les deux rives du détroit et Hong Kong. Cette expérience lui donne une sensibilité particulière aux questions de transmission de la culture chinoise et d’enseignement du chinois à l’étranger.
Le 3 mars 2026, Ling Youshi a été interviewée à Pékin.
Dans le cadre de son travail, elle est en contact régulier avec de nombreux responsables d’associations chinoises à l’étranger. Elle a constaté que les communautés d’outre-mer attachent une grande importance à l’enseignement du chinois. Dans bien des cas, faute de moyens, des bénévoles organisent eux-mêmes des cours après l’école ou le week-end. Mais ces initiatives se heurtent souvent à des difficultés concrètes, comme le manque de manuels adaptés et la pénurie d’enseignants qualifiés.
Parallèlement, parmi la nouvelle génération d’origine chinoise, beaucoup ont une connaissance limitée de leur propre héritage culturel, certains ne parlant même pas chinois. Cette « rupture culturelle » inquiète de nombreuses familles.
« Ce sont des défis qu’ils ne peuvent pas relever seuls dans leurs pays d’accueil. Ils m’en ont parlé à de nombreuses reprises », explique Ling Youshi.
Selon elle, avec l’essor de l’influence internationale de la Chine, la valeur pratique du chinois dans la société mondiale devient de plus en plus évidente, et l’intérêt des jeunes générations de la diaspora pour l’apprentissage du chinois s’est nettement renforcé. La question n’est donc plus de savoir s’ils veulent apprendre, mais plutôt comment leur permettre de bien apprendre.
« Comment concevoir des manuels adaptés à différents âges ? Comment former d’excellents enseignants ? Faut-il envoyer des professeurs à l’étranger ou faire venir les étudiants en Chine pour se former ? Tout cela nécessite une planification d’ensemble », souligne-t-elle.
La langue n’est que le point de départ vers la culture chinoise
Ces dernières années, l’engouement pour le chinois dans le monde ne cesse de croître. Selon des données citées par le Quotidien du Peuplede Pékin en 2023, plus de 30 millions de personnes apprennent actuellement le chinois à l’étranger. En septembre 2025, 86 pays avaient déjà intégré le chinois dans leur système éducatif national.
Face à cette dynamique, comment la Chine peut-elle apporter son soutien ?
Pour Ling Youshi, la langue n’est que le point de départ : il est tout aussi important de transmettre un contenu culturel plus riche. Elle propose de sélectionner des œuvres classiques de littérature, d’histoire et de philosophie chinoises, et d’en élaborer des recueils adaptés à différents groupes d’âge.
Le 3 mars 2026, Ling Youshi a été interviewée à Pékin.
En matière de soutien institutionnel, elle suggère que le ministère chinois de l’Éducation mette en place une structure dédiée chargée de définir des standards pour les manuels, les programmes et la formation des enseignants. Les entreprises et la société civile pourraient également participer, en apportant financements, bourses et plateformes d’échanges. Les associations patriotiques de Hong Kong, les entrepreneurs de Chine continentale ainsi que les communautés chinoises d’outre-mer pourraient tous contribuer à cet effort.
L’IA peut aider, mais l’expérience humaine reste irremplaçable
Certains jeunes d’origine chinoise en Europe estiment que le chinois n’est pas forcément lié à leur avenir professionnel. Pour y remédier, Ling Youshi propose d’explorer un modèle associant « spécialité professionnelle + langue + culture ». Par exemple, intégrer l’apprentissage du chinois à des domaines comme l’architecture ou le design, en y incorporant l’esthétique et les éléments culturels chinois, afin de rendre cet apprentissage plus concret et plus attractif.
Concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’enseignement du chinois à l’étranger, elle adopte également une attitude ouverte. Elle rappelle que la diaspora chinoise compte environ 60 millions de personnes dans le monde et que les enseignants traditionnels ne peuvent pas répondre seuls à une telle demande. L’IA peut donc contribuer à dépasser les limites géographiques et à élargir l’accès à l’enseignement.
Mais elle souligne aussi que l’essence de la culture chinoise repose sur la transmission humaine et l’expérience directe. C’est pourquoi des pratiques comme la calligraphie, les arts martiaux ou les rituels traditionnels devraient aussi faire partie de l’enseignement du chinois à l’étranger.
« Il faut lire les classiques à voix haute, pratiquer la calligraphie. Beaucoup de Chinois d’outre-mer sont très intéressés par les arts martiaux — il faut les pratiquer soi-même », explique-t-elle.
Pour elle, l’essentiel est que les apprenants ne restent pas de simples spectateurs : « l’objectif est de faire en sorte que la culture devienne une véritable partie de leur vie quotidienne ». (Texte : Lydia WANG; Photos : Bian Ge)
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