Exposition « Peindre hors du monde, Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing » - Musée Cernuschi (jusqu’au 6 mars 2022)

1637054024263 Chine-info Emmanuel Lincot

Montrée pour la première fois à Paris, la collection Chih Lo Lou de Hong Kong dévoile ses trésors des XVIIe et XVIIIe siècles. On y voit l’œuvre d’un grand orthodoxe de la peinture lettrée, Dong Qichang, qui a établi les canons esthétiques différenciant les écoles du Nord de celles du Sud mais aussi celle de grands maîtres du pinceau, devenus moines et ermites tels Bada Shanren ou Shi Tao. Ils refuseront de cautionner le nouveau pouvoir en place, celui des empereurs mandchous, fondateurs de la dynastie Qing (1644-1911) par une expression très libre s’inscrivant toutefois dans la tradition héritée du Moyen-Âge.

Il est rare que de tels chefs d’œuvres soient montrés en dehors de la Chine. Patiemment rassemblés par un collectionneur passionné, Ho Lu-Kwong, au début des années cinquante et sous la conduite éclairée du lettré Zhang Daqian, elle permet de mieux saisir les trajectoires de ces grands noms de la peinture classique chinoise. À une époque de bouleversements à la fois structurels et conjoncturels, la prestigieuse dynastie Ming (1368-1644) commence à s’essouffler. Elle n’intègre déjà plus en nombre suffisant le nombre de lettrés qui, chaque année, tentent de passer les difficiles examens mandarinaux. Beaucoup d’entre eux se reconvertissent dans le négoce, de la soie notamment qui, dans les régions du Fleuve Bleu, a vu fleurir des activités marchandes lucratives mais aussi une société nouvelle. Cette société qui se développe entre Nankin et Suzhou n’imite pas moins cette aristocratie des lettres qui, elle, détient toujours le pouvoir. Ce dernier néanmoins lui échappe à partir de 1644 avec les invasions mandchoues.


« Le jeune Qian lisant » (détail), 1483 – Shen Zhou. Encre et couleurs sur papier © Musée d’art de Hong Kong

Si certains lettrés, incorruptibles, refusent de soutenir les nouveaux maîtres de Pékin et se réfugient à l’abri des monastères bouddhistes dans les régions de montagnes, beaucoup finissent en revanche par rallier le nouveau régime. Indépendamment de leurs choix politiques, leurs choix esthétiques s’en trouvent parfois changés. Solitude du lettré au milieu des arbres sans frondaison dit la désillusion des hommes ayant renoncé au prestige de leur fonction mandarinale, par exemple. Les références aux grands aînés comme à la cosmologie d’où procèdent à la fois les doctrines taoïste et confucéenne demeurent cependant à travers les générations qui se succèdent. Les rapports vide / plein ; lié / délié procèdent ainsi d’une rythmique reposant sur la polarité qui est celle d’une alternance entre le Yin et le Yang. Il en va de même pour la calligraphie et la peinture de paysage ou shan shui dont la plus surprenante, si l’on en juge par l’arête de ses rochers revient à Xiao Yuncong. À voir et à revoir cette exposition exceptionnelle. Une seule visite a valeur et d’initiation et de méditation.


« Paysages » (feuille n°1, détail), 1697 – Zhu Da dit Bada Shanren. Encre sur papier © Musée d’art de Hong Kong


Exposition « Peindre hors du monde, Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing »

Jusqu’au 6 mars 2022


Musée Cernuschi


7 Av. Vélasquez

75008 Paris


Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 17h30


Catalogue au prix de 35 euros


Photo du haut : « L’éveil du dragon au printemps » (détail), non daté – Qiu Ying. Encre et couleurs sur soie © Musée d’art de Hong Kong

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