« Tous les Fleuves mènent à la mer » de Zheng Xin - Un roman chinois sur les mots, l’engagement et l’Histoire
Un roman chinois porté par l’histoire des idées, des engagements et des mots : voilà ce que propose Tous les Fleuves mènent à la mer, publié en France dans sa traduction française par les éditions Charles Moreau. Paru en Chine en 2021 sous le titre 百川东到海, le livre suit une génération de jeunes intellectuels chinois entre 1919 et 1949, au moment où le pays traverse l’un des grands basculements de son histoire.
Le sujet peut sembler austère sur le papier. Il ne l’est pas. Car Zheng Xin ne s’intéresse pas seulement aux événements, mais à ce qu’ils font aux êtres : choix de vie, fidélités, fractures, espérances. Son roman s’attache aux premiers jeunes Chinois engagés dans la traduction et l’étude du marxisme, et fait de cette activité intellectuelle une matière profondément romanesque. Ici, traduire n’est pas un geste secondaire : c’est une manière d’entrer dans l’Histoire, de nommer le réel, parfois même de tenter de le transformer.
Le livre revendique une certaine ampleur avec plus d’une centaine de personnages, inspirés de figures historiques réelles ou relevant de la fiction, dans un récit qui mêle fresque collective et trajectoires singulières. Le roman jouerait ainsi sur plusieurs registres à la fois : le souffle historique, la densité documentaire, mais aussi une attention soutenue aux scènes, aux caractères et aux dilemmes humains.
Pour le lecteur
français, l’un des intérêts majeurs du livre tient à ce qu’il raconte une
histoire chinoise par un biais inattendu : celui de la traduction. Ce détour
permet d’aborder autrement les grandes secousses idéologiques du XXe
siècle chinois, non pas seulement par les slogans ou les affrontements, mais
par le travail des textes, des concepts, des médiations. En ce sens, Tous
les Fleuves mènent à la mer parle aussi de la manière dont les idées
voyagent, changent de langue, changent de sens, et finissent par peser sur les
destins.
Cette sensibilité n’est pas étrangère au parcours de l’auteur. Zheng Xin a étudié la littérature française du XIXe siècle à l’université des langues étrangères de Pékin ainsi qu’à Paris, avant de commencer sa carrière comme traductrice à la mairie de Pékin. Passée par divers services, elle a notamment été chargée de liaison aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, et est aujourd’hui présidente du groupe d’art et culture de la province du Guizhou. Elle a également traduit des auteurs français comme Maupassant. Pour elle, la littérature est une autre forme de traduction : non plus d’une langue vers une autre, mais de l’expérience humaine vers les mots.
En Chine, le roman a déjà reçu plusieurs distinctions et a bénéficié d’un accueil remarqué. Zheng Xin introduit dans le champ francophone une voix déjà installée, au croisement de la littérature, de la traduction et de l’histoire intellectuelle contemporaine.
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