Comment le Xinjiang est devenu la porte de la Chine vers l’Europe
Song Zhouying est chercheuse et directrice de thèse à l’Institut de géographie et des ressources naturelles de l’Académie chinoise des sciences. Elle dirige le Centre de données de la Ceinture et la Route et le Laboratoire de modélisation pour le développement régional durable. Professeure à l’Université de l’Académie chinoise des sciences, elle occupe également plusieurs fonctions : vice-présidente du Comité de géopolitique et des relations géographiques de la Société chinoise de géographie, secrétaire générale de la section « Ceinture et Route » de cette société, vice-présidente du Comité des zones économiques spéciales de la Société nationale d’économie géographique, secrétaire générale adjointe du Forum académique pour un développement de haute qualité de la Ceinture et la Route, et membre du bureau de la section chinoise de l’Association internationale d’études régionales.
Ses travaux portent principalement sur la géographie économique et le développement régional. Ces dernières années, elle a consacré ses recherches à l’initiative « une ceinture, une route » , à la géographie du commerce et aux études régionales comparées. Elle est l’autrice de plus de 110 articles scientifiques, coautrice de dix ouvrages et directrice d’un volume collectif.
Depuis le lancement de l’initiative « une ceinture, une route », le Xinjiang a pleinement tiré parti de sa position géographique pour faire avancer la construction du cœur économique de la route de la soie.
Comment évaluer avec justesse les acquis institutionnels et théoriques obtenus par le Xinjiang dans ce processus ? Quelles expériences et quels résultats tirer de sa participation à cette initiative conjointe ? À l’occasion du 70e anniversaire de la fondation de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, Song Zhouying, chercheuse à l’Institut de géographie et des ressources naturelles de l’Académie chinoise des sciences, spécialiste des nouvelles routes de la soie Chinoise, tente de répondre à ces questions.
Quel rôle joue le Xinjiang dans l’initiative « une ceinture, une route » ?
En tant que cœur économique des nouvelles routes de la soie, le Xinjiang occupe une place irremplaçable dans la mise en œuvre de l’initiative. Il agit à la fois comme porte d’entrée, carrefour et plateforme, constituant un nœud stratégique pour l’ouverture de la Chine vers l’Ouest et la liaison entre l’Asie et l’Europe.
Le Xinjiang est un carrefour essentiel pour la connectivité. Il partage ses frontières avec huit pays et compte vingt ports d’ouverture approuvés par le Conseil d’État. De grands corridors de transport internationaux traversent son territoire, notamment le corridor économique Chine-Pakistan, le corridor économique Chine–Asie centrale–Asie occidentale et le corridor économique du nouveau pont terrestre eurasiatique. Ces dernières années, grâce à l’amélioration continue des infrastructures — chemins de fer, routes, pipelines, télécommunications —, le Xinjiang a progressivement mis en place un réseau de transport tridimensionnel reliant l’Asie centrale, l’Asie du Sud, l’Asie occidentale et même l’Europe, augmentant ainsi l’efficacité logistique transfrontalière avec les pays partenaires.
Le Xinjiang est aussi une plateforme majeure pour la coopération économique et commerciale. En s’appuyant sur des cadres d’ouverture tels que l’exposition Chine–Asie-Europe ou la zone pilote de libre-échange de Chine (Xinjiang), la région renforce sa coopération pragmatique avec l’Asie centrale, l’Asie occidentale et l’Asie du Sud dans des domaines comme l’énergie et les ressources, l’agriculture moderne, la fabrication d’équipements ou l’économie numérique. La facilitation des procédures douanières s’améliore sans cesse, l’accès au marché s’élargit, et les réformes favorisant la libéralisation du commerce et des investissements progressent régulièrement. Le Xinjiang est en train de devenir un centre régional du commerce international et un pôle de coopération industrielle tourné vers l’Asie centrale et rayonnant sur l’ensemble de l’Eurasie.
Enfin, le Xinjiang constitue une fenêtre essentielle pour les échanges humains et culturels. Carrefour de civilisations, la région possède une riche histoire, des traditions ethniques variées et un patrimoine culturel abondant. Grâce à des initiatives comme les échanges culturels Chine–Asie centrale, le festival international de danse ethnique du Xinjiang ou la promotion des circuits transfrontaliers, le Xinjiang multiplie les coopérations avec les pays voisins dans les domaines du tourisme, de l’éducation, de la santé et de la science. Il devient ainsi une plateforme importante pour approfondir la « compréhension mutuelle des cœurs » entre la Chine et ses voisins.
Comment le Xinjiang est-il devenu une avant-garde de l’ouverture et une vaste scène d’échanges extérieurs ?
En tant que vitrine majeure de l’ouverture de la Chine vers l’Ouest, le Xinjiang, sous le cadre de l’initiative « une ceinture, une route », applique les principes de concertation, de construction conjointe et de partage. Il ne cesse d’élargir l’ampleur et la profondeur de son ouverture extérieure. Sous l’effet conjugué de l’orientation politique, de ses atouts géographiques, du soutien des plateformes et de la synergie entre l’intérieur et l’extérieur, la région est passée du statut traditionnel de « périphérie » à celui de fer de lance de l’ouverture du pays, illustrant ainsi la redéfinition du rôle du Xinjiang dans la configuration du développement national à l’ère nouvelle.
Depuis des années, le Xinjiang s’appuie sur sa situation frontalière avec de nombreux pays et sur ses multiples ports d’ouverture pour accélérer la création de grands corridors internationaux. Des axes majeurs comme l’autoroute Lianhuo et la route nationale G218 traversent la région ; la « double route de l’Ouest » est désormais intégralement ouverte à la circulation ; le projet ferroviaire Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan a enregistré des avancées substantielles ; l’aéroport international Tianshan d’Urumqi a été agrandi et remis en service ; des câbles à fibre optique et des oléoducs transfrontaliers continuent de s’étendre, formant un réseau tridimensionnel d’interconnexion terrestre, maritime et aérienne à l’échelle eurasiatique. Ces projets d’envergure ont considérablement réduit les distances spatiales et temporelles, renforçant la position du Xinjiang comme carrefour des transports et centre logistique et commercial de la région eurasiatique.
Après plusieurs années de construction de ce cœur économique, une configuration globale centrée sur « un port, deux zones, cinq grands centres et une ceinture économique frontalière » prend forme à un rythme accéléré. Parallèlement, les échanges commerciaux entre le Xinjiang et les pays voisins se sont intensifiés : le volume du commerce extérieur croît régulièrement et sa structure s’affine. En 2024, le total des importations et exportations de marchandises du Xinjiang a atteint 61,17 milliards de dollars. La part des produits à forte intensité technologique, tels que les équipements électromécaniques, les machines et les pièces automobiles, ne cesse d’augmenter. Sur le plan spatial, un schéma d’ouverture se dessine progressivement : Urumqi en constitue le cœur, les préfectures d’Ili et de Kashgar en sont les deux ailes, et le versant nord des monts Tian Shan en représente le pôle de développement. Parmi ces zones, le volume du commerce extérieur d’Urumqi et d’Ili croît rapidement, tandis que celui de Kashgar enregistre la progression la plus soutenue.
Du statut de région frontalière à celui de centre régional, quel nouveau rôle le Xinjiang joue-t-il dans les relations entre la Chine et l’Asie centrale ?
Bien que situé à la frontière ouest de la Chine, le Xinjiang occupe le cœur du continent eurasien, et sa capitale, Urumqi, se trouve au centre géographique de ce vaste ensemble. Avec l’évolution du contexte géopolitique et l’avancée de l’initiative « une ceinture, une route », le Xinjiang a connu une transformation majeure : d’une région périphérique, il est devenu un centre de coopération régionale, jouant désormais le rôle de plateforme de liaison, de moteur économique, de pont culturel et de pivot stratégique dans les relations entre la Chine et l’Asie centrale.
Le Xinjiang est devenu le « corridor d’or » et le principal hub de la connectivité sino-centrasienne. Les ports d’Alataw Pass et de Khorgos, nœuds essentiels du corridor occidental des trains de fret Chine–Europe (et Chine–Asie centrale), concentrent à eux seuls plus de la moitié du trafic national. Les réseaux routiers, ferroviaires, aériens, énergétiques et de télécommunication s’entrecroisent pour former un système intégré de transport multimodal transfrontalier reliant la Chine et l’Asie centrale. En s’appuyant sur la construction de la zone pilote de libre-échange, le Xinjiang expérimente des coopérations pionnières avec l’Asie centrale dans l’harmonisation des règles et des normes, la circulation transfrontalière des données et l’innovation financière, renforçant ainsi la fluidité et la facilitation des échanges entre les deux régions.
Le Xinjiang est aussi devenu un centre régional pour la coopération économique et commerciale entre la Chine et l’Asie centrale. La composition des échanges s’est diversifiée, passant des produits de consommation courante aux équipements électromécaniques, aux dispositifs liés aux énergies nouvelles et aux produits de haute technologie. De nouveaux modèles économiques — commerce électronique transfrontalier, entrepôts à l’étranger, importations sous douane — connaissent un essor rapide, incitant un nombre croissant d’entreprises chinoises à s’appuyer sur le Xinjiang comme base d’investissement et de développement vers l’Asie centrale.
Enfin, en tant que maillon clé du gazoduc Chine–Asie centrale, le Xinjiang constitue également un pilier majeur de la coopération énergétique et écologique entre la Chine et les pays d’Asie centrale. Tout en assurant la sécurité et la stabilité régionales en matière d’approvisionnement énergétique, la région renforce sa collaboration dans les domaines de l’énergie éolienne et photovoltaïque, favorisant ainsi la transition verte et bas carbone, et contribuant à l’édification d’une communauté de destin Chine–Asie centrale plus étroite et durable.
Comment expliquer l’« accélération » des trains de fret Chine–Europe (et Chine–Asie centrale) ?
Symbole emblématique de l’initiative « une ceinture, une route » , les trains de fret Chine–Europe (et Chine–Asie centrale) connaissent depuis leur lancement une croissance soutenue. En juin 2025, leur nombre cumulé a dépassé les 110 000 circulations. Parallèlement, le Xinjiang a contribué à cette montée en puissance en renforçant ses infrastructures, en améliorant l’efficacité du dédouanement, en élargissant les services et en approfondissant la coopération internationale.
Les ports ferroviaires d’Alataw Pass et de Khorgos poursuivent leurs travaux d’extension et de modernisation, augmentant considérablement leurs capacités d’accueil et la rapidité des opérations de transbordement. La zone internationale de fret terrestre d’Urumqi, combinant regroupement, distribution et entrepôt, met en œuvre un modèle d’organisation du transport à la fois intensif et efficace.
En innovant dans les modes de supervision douanière, le Xinjiang a mis en place un système de partage et de coordination des données entre les douanes, les compagnies ferroviaires et les entreprises, permettant un dédouanement automatisé. Des mesures de facilitation telles que le dédouanement sur rendez-vous « 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 », la déclaration sans papier et l’unification des documents commerciaux ont permis de réduire considérablement le temps d’attente des trains aux postes frontières.
Le Xinjiang et les pays d’Asie centrale, dont le Kazakhstan, ont établi des mécanismes de coopération portuaire plus complets, favorisant la reconnaissance mutuelle des contrôles sanitaires et phytosanitaires, l’interconnexion des certificats électroniques et l’harmonisation des normes. Ces efforts ont accru la transparence et la prévisibilité du transport transfrontalier. En parallèle, la région renforce la coordination avec les provinces de l’Est et du Centre de la Chine, développe les services de transport multimodal combinant rail et mer, et étend la portée géographique et économique des trains, créant ainsi un couloir logistique international fluide, sûr et stable.
Ces dernières années, le Xinjiang a également ouvert de nouvelles routes traversant la mer Caspienne ou passant par l’Asie centrale pour rejoindre l’Europe, diversifiant ainsi les itinéraires. De nouveaux modèles économiques émergent — « trains + commerce », « trains + industrie », « trains + e-commerce » —, accompagnés de services spécialisés tels que des convois frigorifiques, des trains dédiés aux véhicules électriques ou au courrier postal, afin de répondre à la demande croissante et variée du transport international. En parallèle, des industries comme la transformation à l’export, la logistique commerciale et l’entreposage international se concentrent progressivement dans les zones économiques frontalières, renforçant la rentabilité et la durabilité du réseau ferroviaire international.
Article traduit du chinois, initialement publié sur Chinanews.com.cn.
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