Comment la poésie Tang et Song peut-elle aider à bâtir un « pont de l’âme » entre l’Orient et l’Occident ?

1654240252623 Chine-info Sun Chenhui, Shi Yuanfeng

En 2021, l’Organisation Mondiale de la Santé a souligné que l’émergence des problèmes de santé mentale est une marque dévastatrice laissée par les pays dans leur lutte contre l’épidémie. Des études ont même démontré que les personnes vivant dans des environnements ravagés par la guerre sont cinq fois plus susceptibles de souffrir de maladies mentales. Face à la guerre, aux épidémies, aux catastrophes aériennes et au chômage, comment l’Homme peut-il sauvegarder sa santé mentale ? Dans une interview exclusive accordée à China News, la psychologue sino-américaine Ji Xiang explore la meilleure façon de bâtir un « pont de l’âme » entre l’Orient et l’Occident.

China News Service : Vous exercez en tant que psychologue aux États-Unis depuis de nombreuses années. Qui sont ceux qui viennent vous voir en consultation ? Quelles sont les différences et les points communs entre les Chinois et les Américains dans la gestion des problèmes familiaux ?

Ji Xiang : La plupart de mes patients appartiennent aux classes socioprofessionnelles supérieures, comme des avocats ou des médecins. Ces personnes ont généralement un statut social et un pouvoir économique élevés. Bien que nous sommes tous confrontés à des problèmes familiaux similaires, la manière de les résoudre diffère considérablement.

Contrairement aux familles américaines, la plupart des familles chinoises attendent souvent la survenue de problèmes graves pour consulter un professionnel. En outre, certaines familles dont les enfants font des tentatives de suicide ou souffrent de dépression pensent que seul l’enfant a un problème et ne se remettent pas sciemment en cause. Celles-ci sont plus réticentes à chercher un soutien psychologique.

Ces dernières années, de plus en plus de jeunes mariés chinois, et même des couples non mariés, sont disposés à consulter un psychologue. De plus en plus de parents prennent conscience que « le changement commence par eux, s’ils veulent avoir un impact sur leur progéniture ». Ils sont alors enclins à faire appel aux connaissances professionnelles des psychologues pour élever leurs enfants.

Dans l’ensemble, les problèmes sont identiques d’une famille à l’autre et des personnes issues de milieux culturels différents peuvent apprendre à mieux gérer les difficultés liées au mariage ou à l’éducation des enfants sous le prisme de la psychologie.

CNS : Utilisez-vous la culture chinoise dans votre travail ? Si oui, quel usage en faites-vous ?

Ji Xiang : Un psychologue doit comprendre le sens profond que renferment les mots limités du patient. La capacité à comprendre la douleur tapie dans l’âme d’autrui dans un bref laps de temps et à pointer du doigt les problèmes psychologiques a beaucoup à voir avec l’amour de la poésie chinoise ancienne que j’entretiens depuis mon enfance.

Les poésies Tang et Song ont une grande profondeur. La poésie chinoise est une expression émotionnelle très condensée, qui peut générer un son à partir du silence. En goûtant à la poésie chinoise, j’ai acquis une compréhension plus riche des différentes étapes de la vie et une appréciation plus intense de la douleur et du plaisir.

Par exemple, dans le poème « Traversée de la rivière Han », composé par Song Zhiwen au début de la dynastie Tang, il y a un vers qui dit : « Approchant de mon pays natal, ma peur grandit ». Cela décrit les sentiments mêlés de joie et d’appréhension que ressent un voyageur qui a longtemps été loin de chez lui et qui retourne dans son pays. En psychologie, cela rappelle la notion de « l’excès inverse » qui se manifeste dans le mécanisme de défense psychologique, soit la formation réactionnelle. Certains patients n’expriment pas véritablement et précisément ce qu’ils pensent et peuvent même agir à l’inverse de leurs paroles. L’étude de la poésie peut m’aider à pénétrer plus rapidement dans le monde d’un autre et à établir un contact avec lui. Cette compréhension d’autrui m’aide à exprimer mon point de vue avec plus de clarté et de précision.

Dès lors, je n’hésite jamais à parler de mon identité chinoise. Grâce à cette imprégnation dans la culture chinoise, je suis plus à même de réfléchir plus profondément aux problèmes que mes pairs.

CNS : Quels sont, selon vous, les concepts communs à la recherche en psychologie chinoise et occidentale ?

Ji Xiang : D’un point de vue professionnel, il n’y a pas de concept de psychologie au sens strict du terme. Cependant, les concepts apparentés sont compatibles avec la psychologie occidentale et certains sont même progressivement acceptés et absorbés par la psychologie occidentale. 

Beaucoup appliquent l’orientation mentale du « tout l’un ou tout l’autre » pour comparer les différences culturelles. Cette dichotomie s’est même étendue à de nombreux autres domaines. En réalité, la catégorisation aveugle n’est pas propice à la résolution de problèmes.

Les Chinois prônent la « voie du juste milieu ». Face aux problèmes et aux contradictions, chacun doit développer le sens du « respect de l’autre » et du « dialogue égalitaire ». En termes de besoins, tant les Occidentaux que les Orientaux veulent être reconnus et éprouver un sentiment d’appartenance et de sécurité. Les psychologues sociaux américains hiérarchisent les besoins humains, des plus petits aux plus élevés : les besoins physiologiques (nourriture et habillement), sécuritaires (sécurité de l’emploi), sociaux (amitiés), d’estime et d’accomplissement de soi. Ces besoins transcendent la race et la classe sociale. Dans le cadre de la recherche en psychologie, nous devons rechercher les points communs et considérer « l’homme » d’un point de vue holistique pour mieux résoudre les problèmes.

Ji Xiang, psychologue américaine, PDG de l’American New Song Psychology Studio, fondatrice de la classe de parentalité Ji Xiang, est l’auteur du Manuel de l’anxiété familiale. Depuis le début de sa carrière, elle a accompagné plus de 20 000 familles chinoises et américaines pendant près de 30 000 heures de séances.

Cet article a été initialement publié en chinois sur Chinanews.com.cn.

Photo : Xinhua

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