Les romans de Jin Yong, intarissable source de sagesse chinoise

1723182140481 China News Bai Zuxie, Deng Xia

Interview exclusive avec le jeune écrivain Peng Jieming.

Entre la Légende du livre et de l'épée en 1955 et Le Cerf et le Tripode de 1972, Jin Yong a écrit 15 romans dit « wuxia » (littéralement « héros d’arts martiaux »). C’est un style romanesque propre mettant en scène justiciers du peuple, bandits de grand chemin et maîtres en arts martiaux, constituant le monde du « jianghu » (littéralement « fleuve et lacs »), un monde parallèle à celui de la cour impériale. 

À l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de Jin Yong, Yuelu Publishing House a publié Reflet de Jianghu : Le monde des arts martiaux de Jin Yong et les allégories de la vie. L’auteur de ce livre, le jeune écrivain Peng Jieming, entrevoit des principes traditionnels chinois de conduite et de sagesse, à travers les caractères et les destins des personnages de Jin Yong.


Les romans wuxia de Jin Yong reflètent pleinement la pensée et la culture traditionnelle chinoise. Comment les valeurs de bienveillance, de justice, de courtoisie, de sagesse ou de fidélité se manifestent-elles concrètement dans ses romans ?

Jin Yong est un écrivain profondément influencé par la pensée confucéenne. Il porte un intérêt sincère au bien-être du monde et attribue souvent diverses vertus à ses personnages, comme la bienveillance, la justice, la fidélité, ou une grande sagesse. Certains possèdent même plusieurs de ces qualités, suscitant une admiration chez les lecteurs.

La bienveillance est la qualité que Jin Yong apprécie le plus et que possèdent la plupart des héros de ses romans. Par exemple, Guo Jing est un personnage « au service du pays et du peuple », dont le caractère est modelé selon la définition de la bienveillance dans les Entretiens de Confucius : « ferme, déterminé, simple et taciturne ». Xiao Feng et Linghu Chong incarnent également cette bienveillance par leur dévouement au pays et au peuple, ainsi que par leur fidélité à leurs principes et leur indépendance. Les héros du jianghu dépeints par Jin Yong sont aussi très attachés à la fidélité et à la parole donnée. 

Jin Yong excelle également dans la création de personnages intelligents et perspicaces comme Huang Rong, Cheng Lingsu ou Yang Guo. Prenons Yang Guo comme exemple : dès son jeune âge, il est vif et capable de s'adapter à toutes les situations. Cependant, son mystérieux passé le plonge dans la confusion, jusqu'à ce que des figures comme Guo Jing et Maître Yideng l'aident à trouver la voie de la rédemption. Cela montre que l'intelligence peut être innée, mais que la sagesse est étroitement liée à une grande ouverture d'esprit, une riche expérience et une profonde compassion.

Quels principes traditionnels chinois de conduite et de sagesse de vie sont implicitement présentés dans les romans de Jin Yong ?

Dans les principes traditionnels chinois de conduite, le qingyi (情义, affection et justice) est un mot-clé, qui existe d’ailleurs dans de nombreuses histoires classiques.

Pour Jin Yong, le qingyi est une valeur suprême. Les relations entre maîtres et disciples sont aussi fortes que celles entre parents et enfants, comme entre Zhang Sanfeng et ses disciples ; les serments de fraternité sont aussi solides que des liens de sang, comme entre Xie Xun et le couple Zhang Cuishan ; les amitiés sincères où l'on peut compter sur la vie de l'autre, comme entre Liu Zhengfeng et Qu Yang ; et l'amour inébranlable entre partenaires, prêt à affronter la mort ensemble, comme entre Yang Guo et Xiao Longnu. L'affection ne se limite pas seulement aux protagonistes éclatants et aux héros, mais s'étend également aux antagonistes et aux personnages mineurs. Par exemple, Shang Jianming n'est pas un homme bon, mais après sa mort, sa femme, Madame Shang, l'aime toujours, s’attriste de sa mort et ressent une haine intense envers ceux qui l'ont tué.

Dans les œuvres de Jin Yong, on peut voir l'influence des trois philosophies chinoises : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Ces personnages explorent le monde extérieur tout en restant fidèles à eux-mêmes. Prenons l'exemple de la trilogie Les Aigles, où Jin Yong dépeint Guo Jing, Yang Guo et Zhang Wuji, trois protagonistes qui incarnent respectivement la droiture confucéenne, l'ermitage taoïste et la compassion bouddhiste. Dans les conflits entre émotion et raison, dans les choix entre le bien et le mal, et dans les dilemmes entre vérité et fausseté, ils affinent leur nature authentique.

Jin Yong écrit sur les questions de choix. C'est dans ces moments de décision entre avancer ou reculer, prendre ou laisser, qu'il transmet aux lecteurs une sagesse traditionnelle chinoise implicite.

Peut-on faire un lien entre les héros chevaleresques des romans de Jin Yong et les super-héros de la littérature occidentale ? 


Les héros chevaleresques des romans de Jin Yong et les super-héros de la littérature occidentale ont à la fois des similitudes et des différences.

Les similitudes résident dans le fait qu'ils suivent tous un modèle de récit classique : le voyage du héros. Un individu ordinaire voit sa vie soudainement bouleversée et doit emprunter une voie pleine de défis. En chemin, il rencontre des mentors, se lie d'amitié avec des alliés, affronte des ennemis et traverse de nombreuses épreuves. À travers ces hauts et ces bas, il grandit progressivement pour devenir un héros. Le cœur de l'histoire est également similaire. Dans le film de super-héros Spider-Man, il y a une phrase célèbre : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », qui est au cœur de l'histoire. Cela ressemble beaucoup à l'histoire de Guo Jing dans les romans de Jin Yong, où il incarne le héros qui se bat pour le pays et le peuple. Les deux récits mettent en avant l'idée que les personnes fortes portent une plus grande responsabilité sociale, aident les faibles et défendent la justice.

Les héros dans les romans de Jin Yong sont diversifiés. Il y a des héros actifs comme Guo Jing, Zhang Wuji et Xiao Feng qui se lèvent pour sauver le pays en période de crise. Il y a aussi des héros inactifs comme Linghu Chong et Di Yun, qui, dans le monde complexe du jianghu, ne se laissent pas corrompre et restent fidèles à eux-mêmes. Les super-héros occidentaux, en revanche, sont généralement des figures actives qui, une fois entrés en scène, ne se retirent que rarement. Les héros de Jin Yong, quant à eux, ne restent pas toujours au centre des événements. Après avoir accompli leurs grandes missions, ils se retirent souvent de la scène du pouvoir et retournent à une vie simple dans le jianghu. Cela s'explique par le fait que Jin Yong est imprégné de la pensée confucéenne, celle qui cherche à sauver le monde, et de la pensée taoïste qui tend à se maintenir dans la pureté et la tranquillité. C'est pourquoi de nombreux héros de ses romans finissent par laisser à la postérité l'image d'un départ tranquille et éthéré.

Vous avez souvent utilisé les romans de Jin Yong comme sujet de discussion avec les étudiants. Pourquoi pensez-vous que les jeunes devraient lire les romans wuxia de Jin Yong ?

Chaque génération a ses classiques. D'un point de vue général, tant que les jeunes aiment lire et ont la passion d'explorer des livres, peu importe le classique qu'ils choisissent, c'est une bonne chose. Mais plus spécifiquement, j’aime recommander les romans de Jin Yong et je pense qu'ils méritent d'être lus par un plus grand nombre de lecteurs.

Les romans de Jin Yong possèdent des qualités intemporelles. Ils ne se contentent pas de raconter des histoires captivantes, mais sont également imprégnés de la riche culture traditionnelle chinoise. Ils façonnent divers modèles de personnalité et décrivent les nombreux états de la vie. Les histoires de Jin Yong se déroulent dans des temps anciens, et la trame principale tourne autour des rivalités et des passions, des éléments qui peuvent sembler éloignés de la vie réelle. Pourtant, ses œuvres explorent les énigmes de l'âme humaine et offrent des révélations précieuses aux contemporains confrontés à des choix et à des dilemmes similaires.

La grande habileté de Jin Yong réside dans le fait qu'il n'a jamais cherché à donner des leçons de morale de manière délibérée. À ses yeux, le monde est multicolore, la nature humaine est un mélange de bien et de mal, et la vie est un mélange de joie et de souffrance. Il place ses réflexions sur des questions de croissance, d'amour, de désir, de rivalité, et de loyauté envers la famille et la nation dans des récits aux intrigues pleines de charme et des personnages très vivants. Cela permet aux lecteurs de partager les joies et les peines des personnages, de se retrouver dans leurs luttes et de découvrir leur propre chemin au milieu des épreuves.

Article traduit du chinois, initialement publié sur Chinanews.com.cn.


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