[Internet du Milieu] Fang Taozi, l’« actrice IA » qui bouscule l’industrie du divertissement chinois

1788949209026 Chine-info Chen Hua
Entièrement générée par IA, Fang Taozi est devenue en quelques mois une vedette des réseaux sociaux chinois, brouillant les frontières entre personnage virtuel, influenceuse et actrice.

Elle a des taches de rousseur, parfois des cernes et des pores visibles. Elle cuisine, achète des fleurs, joue au tennis et répond avec tendresse aux commentaires de ses fans, qui l’appellent affectueusement « Taozi », « pêche » en chinois. Pourtant, Fang Taozi n’existe pas. Cette jeune femme de 20 ans est une actrice entièrement générée par intelligence artificielle, devenue en quelques mois l’un des phénomènes les plus commentés en Chine.

Héroïne de la mini-série La Fille licenciée, lancée en juin dernier, Fang Taozi incarne une jeune provinciale qui débarque dans la métropole fictive de Shangnancheng pour réaliser son rêve de devenir mannequin. Portée par un scénario travaillé et une esthétique volontairement réaliste, la série rencontre un large succès sur Douyin, le « TikTok chinois », où elle cumule 320 millions de vues.


L’ingéniosité du projet ne réside pas seulement dans la série. Dès le deuxième jour de diffusion, Fang Taozi s’est dotée d’un compte personnel, où elle poursuit le récit au quotidien : petits-déjeuners, séances de sport, promenade au marché aux fleurs… Cette stratégie brouille la frontière entre fiction et vie réelle et renforce l’attachement des spectateurs à ce personnage virtuel. En trente jours, elle a réuni 400 000 abonnés.

Les marques ont rapidement flairé le potentiel. Sur Douyin, ses tarifs publicitaires oscillent entre 24 000 et 36 000 euros selon la durée, davantage que ceux de nombreux influenceurs humains comptant des millions d’abonnés. Une « star » sans ego, sans contrat d’exclusivité ni risque de scandale personnel… en théorie.


L’illusion s’est pourtant fissurée fin juillet. Dans une publicité pour des lentilles de contact colorées, Fang Taozi déclarait à la première personne : « Mes lentilles sont confortables même portées toute la journée. » La polémique a été immédiate : comment une entité dépourvue d’yeux pourrait-elle témoigner du confort d’un produit médical ? Comme l’écrivait un internaute : « Ce qui me met mal à l’aise, c’est que quelqu’un sans yeux ait le droit de parler des yeux ». La vidéo a été retirée et les autorités locales ont ouvert une enquête.


Le problème est juridique autant qu’éthique. En Chine, les lentilles de contact colorées sont classées parmi les dispositifs médicaux de classe III. La réglementation sur la publicité interdit par ailleurs les témoignages de recommandation pour ce type de produit. Affirmer une expérience d’usage pourrait donc relever de la publicité mensongère, avec une responsabilité partagée entre la marque et l’opérateur de l’IA, comme le soulignent les avocats cités dans la presse. Toutes les collaborations commerciales ont depuis été suspendues.


Le 27 août, Fang Taozi franchit un nouveau cap : elle devient la première actrice 100 % IA à figurer en couverture de l’édition électronique du magazine Cosmopolitan Chine, dans la rubrique COSMOCRUSH. Cette couverture cristallise à son tour les tensions. Certains internautes pointent notamment une « fusion de visages ».


Le succès de Fang Taozi masque toutefois une réalité plus contrastée : sur les 221 900 courts-métrages générés par IA lancés au premier semestre 2026, seulement 0,47 % dépassent les 100 millions de vues. La deuxième saison de la série, critiquée pour son scénario incohérent, montre également que la confiance du public envers un personnage virtuel reste fragile.

Le cas Fang Taozi pose ainsi une question plus vaste : jusqu’où une IA peut-elle remplacer les humains ?

Photos : Dr.

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