COP30 : la Chine prend la lumière et annonce un tournant historique dans sa trajectoire carbone

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À Belém, au Brésil, la Chine s’impose comme pilier des négociations climatiques — au moment même où ses émissions se stabilisent depuis 18 mois.

À la COP30, la Chine a été plus visible que jamais. La 30e conférence de 2025 sur les changements climatiques, qui se tenait du 10 au 21 novembre à Belém au cœur de l’Amazonie, a marqué un basculement discret mais profond dans l’équilibre mondial des négociations climatiques. Pour la première fois depuis trois décennies, les États-Unis n’ont pas participé pleinement aux discussions, sous l’impulsion directe de Washington qui a choisi de ne pas dépêcher de délégation officielle à haut niveau. Dans ce vide laissé par les Américains, la Chine s'est logiquement retrouvée au centre du jeu diplomatique.

Une montée en leadership : Pékin occupe l’espace laissé vacant par Washington

Selon Reuters, l’absence des États-Unis a donné à Pékin « un rôle plus important que jamais » dans la dynamique du sommet. En effet, la Chine s’y présente comme :

·      leader mondial des énergies propres,

·      partenaire incontournable du Sud global,

·      acteur pragmatique dans la recherche d’un accord à 1,5 °C,

·      médiateur entre pays émergents et économies développées.

Cette montée en visibilité est directement liée au fait que la Chine installe aujourd’hui plus de capacités renouvelables que tout le reste du monde réuni, ce qui lui confère un poids à la fois technique, politique et symbolique.

La Chine n’est d’ailleurs pas venue à Belém uniquement avec des discours. Elle a fait une démonstration très concrète de ses avancées locales, comme à Baoting, sur l’île de Hainan, un district modèle en matière de développement bas carbone, en présentant des projets pilotes allant de la gestion d’énergie distribuée aux transports sans émissions. Les délégations chinoises ont multiplié les conférences techniques pour montrer comment des régions entières ont basculé vers des modèles mêlant électricité propre, sobriété et efficacité industrielle. Cette stratégie est assumée : la Chine veut rendre visible le caractère opérationnel de sa transition, et non seulement ses annonces nationales.

Le spectre des barrières commerciales : un sujet explosif

Les conseillers climatiques chinois ont averti que les barrières commerciales mises en place par l’Occident — notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, les surtaxes sur les panneaux solaires et les batteries, ou encore les blocages douaniers — freinent la transition mondiale. Leur argument est simple : si les produits bas carbone chinois sont renchéris artificiellement, les pays en développement ne pourront pas s’équiper à bas coût pour décarboner vite. En résumé, pour Pékin : le commerce doit aider la transition, pas l’entraver. Cela ouvre un chantier diplomatique majeur où climat et commerce deviennent les éléments centraux des négociations.

Enfin, une étude présentée en marge de la COP30, menée par plusieurs think-tanks affiliés au gouvernement chinois, a affirmé que, sous certaines conditions, la Chine pourrait atteindre la neutralité carbone de son système énergétique aux alentours du milieu du siècle. Mais cela supposerait un rythme élevé d’installation renouvelable, un verrouillage du déclin du charbon dès les prochaines années, et donc, une électrification accélérée de l’industrie lourde avec un déploiement massif de batteries stationnaires. Cette projection n’était pas un engagement officiel, mais elle a structuré les discussions.

Plusieurs médias occidentaux rappellent que la Chine reste simultanément le plus grand installateur de solaire et d’éolien mais aussi le pays qui construit encore le plus de centrales à charbon. Cette coexistence paradoxale nourrit un débat permanent sur la sincérité de son leadership climatique. Pékin répond que les centrales récemment autorisées servent principalement à la stabilité de son réseau dans un contexte d’explosion des renouvelables — une thèse que certains experts jugent crédible, mais qui n’éteint pas les critiques.

Sur le terrain, une révolution silencieuse : les émissions chinoises se stabilisent depuis 18 mois

Au-delà de la COP, une information passée largement inaperçue en Europe est pourtant centrale pour comprendre la position de Pékin : les émissions chinoises de CO2 ne montent plus. Elles stagnent — voire baissent certains mois — depuis un an et demi. C’est peut-être l’une des meilleures nouvelles climatiques de la décennie.

Selon Carbon Brief, au troisième trimestre 2025, les émissions ont été exactement au même niveau que l’année précédente. Pour une économie qui croît encore (officiellement autour de 4 % par an), c’est un résultat spectaculaire. C’est la première fois qu’un pays de cette taille parvient à décorréler croissance économique et émissions aussi nettement.

La raison principale de cette stabilisation est simple : la Chine installe des renouvelables à une vitesse jamais vue. En neuf mois seulement, elle a ajouté près de 240 GW de solaire et 61 GW d’éolien, soit autant de capacité qu’un pays entier comme la France en plusieurs décennies. Résultat : l’explosion de la demande électrique (+6 %) a été absorbée quasi intégralement par les énergies propres. Sans ce déploiement, les émissions chinoises auraient bondi.

Le secteur du ciment — traditionnellement ultra-émetteur — est en chute (−7 %), la bulle immobilière des années 2010 étant terminée. L’industrie se réoriente vers la tech, la chimie fine, les matériaux à forte valeur ajoutée. Cette mutation entraîne une baisse mécanique d’une partie des émissions. Certains secteurs restent en croissance (chimie, plastiques), mais pas assez pour renverser la tendance. Mais les experts observent plusieurs tendances lourdes :

Le solaire et l’éolien deviennent moins chers par rapport aux alternatives fossiles
Le réseau chinois est modernisé : batteries stationnaires, lignes ultra-haute tension, pilotage numérique.

Le gouvernement réfléchit à pousser les provinces à contrôler non seulement l’intensité carbone, mais aussi les émissions totales.

Cette dernière mesure serait révolutionnaire. Jusqu’à présent, la Chine demandait seulement à ses provinces de réduire l’intensité carbone — c’est-à-dire de produire un peu moins de CO2 par unité de PIB — ce qui leur permettait malgré tout d’augmenter leurs émissions totales en faisant croître la production. Cela transformerait la logique locale : il ne suffirait plus de « polluer un peu moins vite », mais de polluer moins tout court.

Pour l’Europe, un changement de paradigme

Les données préliminaires montrent qu’en septembre, les émissions chinoises ont baissé de près de 3 % par rapport à septembre 2024. Si cette tendance se confirme sur le quatrième trimestre, la Chine pourrait — hors années de crise mondiale — terminer pour la première fois une année complète en baisse d’émissions.

L’image d’une Chine « accro au charbon » persiste en Europe. Mais elle ne reflète plus la réalité de 2025 : la Chine est désormais le premier producteur mondial de technologies bas carbone et fait baisser les prix du solaire, des batteries et des véhicules électriques. De plus elle installe plus de renouvelables que toute l’Europe et l’Amérique réunies et devient de facto, un médiateur climatique crédible à la COP30, faute d’un leadership américain structuré.

Même si la stabilisation des émissions chinoises n’a pas encore la forme d’une baisse profonde, c’est le signe d’un basculement historique : pour la première fois, le plus grand émetteur mondial entre dans une phase de plateau prolongé. Si la tendance se confirme, le monde pourrait voir, dès la seconde moitié des années 2020, la première décennie de baisse réelle des émissions planétaires. Ce serait un tournant discret mais majeur.

Photo : Hebei, Chine / Unsplash

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