L’évolution de la littérature africaine dans le contexte des échanges sino-africains

1652949292807 China News
L’année 2021 aurait mérité l’appellation d’« année de la littérature africaine ». Des auteurs africains et des œuvres littéraires traitant de l’Afrique ont reçu le prix Nobel de littérature et le prix Booker. La littérature africaine a soudainement attiré toutes les attentions sur la scène culturelle mondiale. Grâce à ses spécificités régionales fortes et ses coutumes uniques, elle est très appréciée des amateurs de littérature dans le monde entier.

Ces dernières années, Wu Qinjian, l’un des spécialistes chinois les plus influents en matière de littérature africaine, s’est intéressé au développement de la culture africaine, notamment à l’étude et à la promotion de sa littérature. Dans une récente interview accordée à China News, il évoque l’évolution de la littérature africaine et les échanges littéraires sino-africains.

China News Service : Pourriez-vous nous présenter brièvement l’évolution et les caractéristiques de la littérature africaine au fil de ces dernières années ?

Wu Qinjian : À la différence des littératures européenne et américaine, l’oralité de la littérature africaine et sa culture nationale unique sont ses plus grands atouts, avec un caractère régional notoire. La littérature africaine moderne est née sous la domination coloniale des pays européens et américains et s’est progressivement développée avec l’éveil de la conscience nationale des peuples africains, jusqu’à devenir une composante indispensable de la littérature mondiale.

Pour simplifier, le développement de la littérature africaine moderne s’est fait en quatre étapes. Tout d’abord, durant les vingt premières années du XXe siècle, il y a eu une phase d’imitation et d’emprunt aux littératures européenne et américaine et de coexistence de ces dernières avec la littérature orale locale. Au cours de cette période, les mythes, légendes, épopées et fables indigènes ont été collectés et compilés et les auteurs locaux se sont mis à raconter des histoires africaines en imitant la langue et le style narratif de la littérature des pays suzerains. Deuxièmement, entre les années 1920 et les années 1940, des intellectuels africains se sont servis de la littérature pour faire valoir et affirmer l’histoire et la culture de leurs pays, ainsi que pour faire naître un sentiment de fierté et d’identité au sein du peuple africain. Troisièmement, dans les années 1950 et 1960, alors que le mouvement de libération des peuples africains était en plein essor et que les pays déclaraient leur indépendance les uns après les autres, les auteurs se sont mis à écrire des histoires sur la résistance héroïque face aux colonisateurs et sur l’indépendance nationale. Enfin, quatrièmement, des années 1970 à nos jours, l’Afrique est entrée dans une phase que les milieux universitaires qualifient de « postcoloniale », durant laquelle les principaux thèmes littéraires s’articulent autour d’une réflexion sur la réalité des problèmes sociaux après la fin du colonialisme.

CNS : Comment l’Afrique est-elle devenue le chouchou de la littérature mondiale ces dernières années ?

Wu Qinjian : Le thème littéraire de « la phase postcoloniale » a toujours suscité l’intérêt des scènes culturelles du monde. Bien que les sujets du post-colonialisme et de la diaspora ne soient pas nouveaux, que ce soit dans la vie réelle ou en littérature, les dommages physiques et psychiques causés par le colonialisme aux populations d’Afrique et d’autres régions n’ont pas encore été entièrement réparés. Les préoccupations et les réflexions sur les problèmes sociaux de la phase postcoloniale ont toujours été des constantes en la matière.

Ces dernières années tout particulièrement, l’attention portée aux conditions de vie des Africains a rendu la création littéraire qui aborde de tels sujets « opportune » et plus susceptible de trouver une résonance. Par exemple, l’écriture d’Abdulrazak Gurnah, lauréat du prix Nobel de littérature en 2021, se caractérise par un intérêt et une propension pour des sujets tels que la phase postcoloniale. Il s’intéresse aux conditions de vie des êtres humains et raconte avec compassion une histoire de diaspora lointaine. Des récits comme celui-ci sont fascinants et donnent à réfléchir.

De plus, les auteurs africains sont souvent à même d’examiner la situation actuelle de l’Afrique dans une perspective mondiale et de révéler une facette inconnue du continent africain. En termes d’expression artistique, les auteurs africains sont surtout capables d’innover en partant des caractéristiques nationales traditionnelles et d’intégrer activement des éléments d’autres cultures, manifestant ainsi un sens unique de la couleur.

De surcroît, la littérature africaine, avec ses spécificités nationales prononcées et ses coutumes locales, est plus nouvelle et intéressante que les classiques traditionnels. C’est l’ensemble de ces éléments singuliers qui rendent la littérature africaine unique au monde et qui attirent toujours plus de lecteurs, désireux d’en apprendre davantage sur l’Afrique. Elle est ainsi devenue une fenêtre importante sur l’Afrique et sa culture pour le monde.

CNS : Pourriez-vous nous présenter la situation actuelle et les perspectives des échanges littéraires sino-africains ?

Wu Qinjian : La Chine et l’Afrique ont une longue histoire d’échanges littéraires. À la fin de la dynastie Qing (1644-1912), la Chine a fait venir des œuvres littéraires d’Égypte et d’Afrique du Sud, entre autres, ce qui a constitué une bouffée d’air frais pour le pays, en pleine mutation sociale. Cela a aussi permis aux intellectuels chinois de mieux comprendre l’Afrique. Après la fondation de la Chine nouvelle, en particulier dans les années 1950 et 1960, en raison de leurs expériences historiques similaires de libération de la domination coloniale et de lutte pour l’indépendance nationale, la Chine et l’Afrique ont également maintenu un haut degré d’ententes littéraires.

Depuis le début du XXIe siècle, grâce au lancement du Forum sur la coopération sino-africaine et de l’initiative « Une ceinture, une route », les littératures chinoise et africaine ont pu échanger sur une plateforme plus large et plus novatrice. Comparé aux périodes précédentes, l’horizon des échanges littéraires sino-africains s’est considérablement élargi, les traductions sont plus abondantes et davantage d’œuvres et d’auteurs africains font leur entrée en Chine.

Cet article a été initialement publié en chinois sur Chinanews.com.cn.

Photo : Xinhua


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