De Chengdu à Nanchang, l’art de vivre au ralenti des maisons de thé chinoises

1758098876814 China Minutes

À l’heure où les coffee shops branchés se multiplient et proposent des cafés de plus en plus chers, les maisons de thé connaissent un regain d’intérêt. Elles séduisent un public en quête d’authenticité et de lenteur, où un thé à quelques yuans devient le symbole d’une tradition retrouvée et d’un luxe simple.

Nanchang, un salon pour tous

Dans le vieux quartier de Nanchang, Xiong Ronghua, 70 ans, pousse la porte d’une maison de thé au style rétro récemment ouverte sur la rue Minde. « Je viens ici pour retrouver des souvenirs », confie-t-il. Autour de lui, retraités bavardent, des joueurs d’échecs s’affrontent, des étudiants prennent des photos, et des familles s’installent.

Maison de thé rue Minde à Nanchang © CNS

Cette rue, première artère cimentée de la ville, a vu passer un siècle de transformations. L’ancienne salle municipale accueille aujourd’hui la maison de thé de la rue Minde. L’ambiance y est simple : des chaises en bambou, des tables en bois, des thés à quelques yuans seulement. Parfois, des représentations locales, comme l’opéra Gan ou l’art du « bian lian » (changements de masque), animent la salle. « Nous ne voulons pas devenir un simple spot Instagram », insiste la gérante Zhu Tong. « Nous gardons des prix abordables pour que tout le monde puisse venir. »

Chengdu, une tasse pour un yuan

À Chengdu, capitale du Sichuan, la maison de thé Guanyin conserve depuis des décennies son charme rustique et ses prix imbattables. Ici, une tasse coûte encore un yuan – environ douze centimes d’euro. « On ne peut pas gagner d’argent comme ça », reconnaît son propriétaire Li Qiang. « Mais l’important, c’est de faire vivre la culture. »

La maison de thé centenaire Guanyin à Chengdu © CNS

Récompensé en 2024 par l’UNESCO pour la préservation de son patrimoine, l’établissement s’illumine à chaque Nouvel An de lanternes rouges. Fidèles au rendez-vous, les habitués s’y retrouvent pour discuter, rire et partager une tranche de vie.

Enyang, entre tradition et modernité

Au bord de la rivière Enyang, un immense salon de thé en plein air réunit chaque jour des centaines de personnes. Le cliquetis des tasses se mêle aux éclats de rire, tandis qu’un serveur verse l’eau bouillante d’une théière à long bec avec une agilité digne d’un numéro d’acrobatie.

Terrasse d’une maison de thé dans la vieille ville d’Enyang © CNS

Mais les jeunes ne sont pas en reste : les « guan guan cha », petits salons où l’on fait mijoter le thé dans des pots en argile autour d’un poêle, connaissent un franc succès. Ici, la tradition se réinvente en mode convivialité moderne.

Plus qu’un thé, une philosophie

Déjà dans sa pièce culte La Maison de thé, l’écrivain Lao She décrivait ces lieux comme des miroirs de la société chinoise, où marchands, mendiants et fonctionnaires se croisaient. Aujourd’hui encore, les maisons de thé jouent ce rôle de carrefour social, à l’image des pubs en Grande-Bretagne ou des cafés en Europe.

Spectacle de xiangsheng (duo de dialogues comiques) dans une maison de thé traditionnelle de Tianjin © CNS

Car dans chaque tasse se trouvent bien plus que des arômes : on y retrouve l’histoire, la chaleur humaine et le goût du partage. Dans un monde pressé et hyperconnecté, cet esprit « lent et chaleureux » mérite plus que jamais d’être savouré.

Article traduit et adapté de l’anglais et initialement publié sur China Minutes.

Photo du haut : maison de thé en bordure de lac dans le parc Liming à Fuzhou, province de Fujian © CNS

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