[Portrait] LU PINGYUAN - « - Exposition 目 Chine - Une nouvelle génération d’artistes » Centre Pompidou, Paris (jusqu’au 3 février 2025)
Au nombre de 21, ce sont des hommes ou des femmes aux trajectoires très individualisées. Au contraire des générations précédentes, peu d’entre eux sont rattachés au système des beaux-arts de leur pays. Ils n’enseignent pas. En revanche, ils sont issus de régions très différentes et le tiers d’entre eux ont une carrière d’artiste à l’international et vivent parfois même à l’étranger. Nous proposons une série de dix portraits. Lu Pingyuan est le troisième d’entre eux.
Lu Pingyuan est de ces artistes qu’un Roland Barthes n’aurait pas désavoué pour sa quête constante des références littéraires, des légendes urbaines, de leur entrechoc dans une frénésie d’analogies convoquant ici l’imaginaire collectif et la singularité d’un regard, le nôtre, suspendu entre deux mondes : la France, la Chine. Quitte à créer un vivre ensemble dans une simultanéité du geste et de la parole qui relève d’un art performatif et silencieux. Autrement dit dans une jouissance sans entrave du texte. Celle-ci porte naturellement à l’ivresse et à la redécouverte des écrivains et des artistes dont le souvenir hante les rues de Paris, que ce soit Gérard de Nerval (dont une fable colportée par André Breton et les surréalistes rapporte que l’écrivain ne se déplaçait jamais sans un homard bleu tenu en laisse) ou le mime Marceau à qui semble dédié Le Marchand de rêves, un texte écrit par Lu Pingyuan. Ses Story series jalonnent l’exposition Pompidou, en bornent l’espace même au point de rappeler une attention soutenue de l’artiste pour la notion de rituel.
Aux côtés de l’artiste Xu Zhen, fondateur de la Malden Compagny, il avait participé en 2016 à un happening à la Fondation Louis Vuitton intitulé Inventing Rituals. Il y a là une récurrence propre au rituel et au désir de l’artiste de recréer un engagement émotionnel, dans l’allure lente qu’impose la lecture, de ce temps recouvré comme l’introduit un culte. Une démarche qui relie dans un entrelacs d’histoires souvent surréalistes, Lu Pingyuan à ses lecteurs anonymes. Comme ces fables qui relient Lu Pingyuan à tous ces artistes ayant vécu dans ce « petit Paris » (Xiao Bali) qui, durant l’entre-deux-guerres désignait Shanghai, mais encore trop souvent méconnus, et avec lesquels il entretient une relation secrète. Ce sont Pang Xunqin, Ni Yide, Yang Taiyang, Anon ou Lang Jingshan. Au reste, Lu Pingyuan ne vit-il pas lui-même à Shanghai… ? Dans l’installation de ses textes, Lu Pingyuan s’ingénie à brouiller les codes. Car dans la matérialité même de ses écrits, de cette mise en fiche de ses textes qui se dévoilent dans l’encoignure des murs, s’impose l’idée que Marcel Duchamp a pour la première fois mûrie : l’art est avant tout affaire de contexte, et Lu Pingyuan n’est pas étranger à ce que l’art ait à faire du concept.
Exposition « 目 Chine - Une nouvelle génération d’artistes »
Jusqu’au 3 février 2025
Ouvert tous les jours de 11 h à 21 h à l’exception du mardi
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