Cinéma, formats courts et IA : à Paris, Chinois et Européens imaginent la fiction de demain

1793349888382 Le 9 Darius Varès

Réunis le 27 octobre au musée Guimet, professionnels chinois et européens de l’audiovisuel ont échangé autour des micro-séries, de leur essor international et des nouveaux usages de l’intelligence artificielle. Entre remise des prix du concours AIME, retours d’expérience et tables rondes, le 1er sommet sino-européen de la micro-série a voulu rapprocher deux écosystèmes encore très différents.

Le 27 octobre, le sommet sino-européen de la micro-série 2026 et la cérémonie de remise des prix du concours européen AIME 2026 consacré aux micro-séries réalisées par intelligence artificielle se sont tenus au musée Guimet, à Paris. L’événement était consacré à l’impact de l’IA sur la création audiovisuelle et au développement de coopérations entre les industries chinoise et européenne de la micro-série.

Professionnels de l’audiovisuel, créateurs, spécialistes des nouvelles technologies et représentants d’institutions chinoises et européennes ont participé à cette journée rythmée par une remise de prix, des présentations de projets, des interventions consacrées au secteur et plusieurs tables rondes. L’objectif affiché était de favoriser les échanges entre les acteurs chinois et européens, mais aussi de faciliter l’adaptation en Europe de modèles développés en Chine et l’émergence de créations locales.

Un sommet consacré aux micro-séries et à l’IA

L’événement était organisé conjointement par l’association européenne de la micro-série et le label français de production MINI CLAP. Plusieurs représentants d’entreprises chinoises du secteur avaient fait le déplacement, parmi lesquels Hunan Fengmang Media, Yun Que Xiong Meng et Mall Mall Channel. La manifestation a également bénéficié du soutien de la société française de production Duan Ju, du groupe de distribution Chen Market et du groupe de restauration Xingfulou.

Wang Jian, ministre conseiller de l’ambassade de Chine en France, a assisté à l’événement et remis le Grand Prix du concours. Zhong Cheng, président du groupe Guang Hua Cultures et Média et directeur de Nouvelles d’Europe, a prononcé le discours d’ouverture où il est revenu sur les transformations que l’intelligence artificielle est en train d’introduire dans l’audiovisuel : l’IA modifie désormais les modes de production, de diffusion et de consommation des contenus, tandis que l’essor de la micro-série constitue, selon lui, l’une des manifestations les plus visibles de cette évolution. Il a également rappelé qu’à travers le label MINI CLAP, le groupe a développé ces dernières années plusieurs projets dans le domaine de la micro-série et acquis une première expérience de la production, de la diffusion internationale et de l’adaptation des contenus aux marchés locaux. « Si l’intelligence artificielle peut accélérer certains processus de création, a-t-il souligné, elle ne peut remplacer l’imagination, l’émotion ou la réflexion humaine. »

Trois pistes de coopération ont notamment été mises en avant : le développement de coproductions sino-européennes et d’adaptations locales, la mise en place de canaux de distribution durables et conformes aux réglementations européennes, ainsi que le renforcement des échanges autour de l’intelligence artificielle, de la formation des créateurs et de l’enseignement audiovisuel.


Un concours atypique dans le paysage audiovisuel

Elliot Grove, fondateur du Raindance Film Festival et figure du cinéma indépendant britannique, est également intervenu au nom du jury d’AIME 2026 pour évoquer les perspectives du secteur. Selon lui, le format court remet en question certaines habitudes de production s’appuyant sur des moyens importants et des récits de longue durée. Il a salué le rôle du concours AIME comme plateforme de rencontre entre jeunes créateurs chinois et européens, permettant de dépasser les frontières et de faire émerger une nouvelle génération d’auteurs.

Organisée de mai à septembre, la première édition d’AIME – concours européen de micro-séries par intelligence artificielle – a réuni des créateurs venus de 13 pays et de plus de 20 régions. Le concours comprenait quatre prix thématiques et un Grand Prix. Le prix de la meilleure innovation en IA a été attribué à l’équipe croate Nanobit. Le Français Benjamin Berjon a reçu le prix de la meilleure affiche. Le prix du meilleur scénario est revenu à l’équipe chinoise de He Haiyuan pour Mesurer le bonheur (《 丈 量 幸 福 》), tandis que l’équipe de Tang Jinghai a obtenu le prix spécial du jury pour Les Années au seuil de la porte (《门边的年岁》). Le Grand Prix, doté de 10 000 euros, a été attribué à l’équipe chinoise de Wang Sheng pour Je livre des colis dans l’au-delà (《我在底下送快递》).

Wang Jian (à gauche) et Zhong Cheng remettent conjointement le Grand Prix à l’équipe de Wang Sheng pour Je livre des colis dans l’au-delà. © Huang Guanjie/Nouvelles d'Europe

Expériences chinoises et européennes face à face

La suite du sommet a été consacrée à plusieurs retours d’expérience. Song Ruinan, responsable des activités internationales de Hunan Fengmang Media, a présenté le modèle chinois : comment produire, diffuser et rentabiliser une micro-série. Il est revenu sur les mécanismes de monétisation développés sur le marché chinois. Guillaume Sanjorge, fondateur de Sanjorge Production et de l’application DuanJu, a présenté pour sa part l’expérience d’une équipe française engagée dans la micro-série, depuis la production locale jusqu’au développement d’une plateforme sur le marché européen. Intervenant à distance, Zhan Yali, responsable de Yun Que Xiong Meng, a dressé un panorama de l’industrie chinoise en distinguant deux grandes tendances : productions traditionnelles avec acteurs et micro-séries réalisées avec IA. Chen Gongshuo, vice-directeur général de Qiguyu et producteur exécutif de la micro-série IA L’Horizon lointain (《 何 处 望 神 州 》), a ensuite présenté les évolutions du secteur sous l’angle de la technologie et de la diffusion internationale. À ses côtés, Liu Jian, représentant de MINI CLAP, le label coproducteur du projet, a évoqué les choix éditoriaux du label à travers L’Horizon lointain et plusieurs contenus consacrés à Sun Yat-sen. Il a insisté sur la volonté de MINI CLAP de favoriser les échanges entre Chinois et Européens.

Deux tables rondes ont complété la journée, toutes deux animées par Liu Jian. Les intervenants se sont interrogés sur ce que veulent voir les publics et comment localiser les contenus et mieux les diffuser. Beaucoup d’échanges ont porté sur l’industrialisation de l’intelligence artificielle dans l’audiovisuel, les questions réglementaires, ou les différences de méthodes de travail entre équipes chinoises et européennes.

L’événement aura réussi à faire émerger de nouvelles formes de collaboration entre professionnels chinois et européens, à l’heure où les micro-séries et les technologies génératives prennent une place croissante dans l’évolution des industries audiovisuelles.

Photo du haut : les invités du sommet posent avec les organisateurs. © Huang Guanjie/Nouvelles d'Europe

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