Comment les véhicules électriques chinois redessinent l'industrie automobile thaïlandaise ?
Portés par une filière intégrée et des produits compétitifs, les constructeurs chinois dominent désormais le marché thaïlandais des véhicules électriques. Pour Suroj Sangsnit, président de l'Association thaïlandaise des véhicules électriques, cette dynamique ouvre la voie à une coopération industrielle durable entre la Chine et la Thaïlande, au service de la transition énergétique et de la montée en gamme de l'industrie régionale.
Avec la transition écologique et la réorganisation de l'énergie mondiale, l'industrie des véhicules à énergies nouvelles s'impose comme un pilier de la rivalité industrielle globale. À l’occasion de la 47ᵉ édition du Salon international de l’automobile de Bangkok, en Thaïlande, les marques chinoises ont, pour la première fois, enregistré un volume de commandes supérieur à celui de leurs concurrentes japonaises – une performance considérée comme un tournant historique pour le marché automobile thaïlandais. Selon la Fédération des industries thaïlandaises, les ventes de véhicules 100 % électriques ont atteint environ 120 000 unités en 2025, soit une progression de près de 80 % par rapport à l’année précédente, avec une part de marché détenue à plus de 80 % par les constructeurs chinois.
La Thaïlande, en tant que grand pays producteur automobile d’Asie du Sud-Est, accélère résolument le développement de sa filière des véhicules électriques. Dans un entretien accordé à China News, Suroj Sangsnit, président de l’Association thaïlandaise des véhicules électriques, analyse les raisons pour lesquelles l’industrie chinoise des nouvelles énergies répond avec agilité aux besoins de la transition écologique régionale. Il évoque également les perspectives prometteuses de la coopération sino-thaïlandaise, tant dans le domaine des véhicules électriques que dans celui des énergies vertes et des chaînes d’approvisionnement.
Les véhicules à énergies nouvelles chinois se sont imposés très vite sur le marché thaïlandais, au point de devenir l’un des temps forts du Salon international de l’automobile de Bangkok. Quelles sont les principales raisons de cette dynamique ?
Cette progression fulgurante repose sur trois piliers : la compétitivité des produits, la maturité technologique et une capacité d’adaptation exceptionnelle aux évolutions de la demande locale. Lors de ce rendez-vous annuel, organisé en avril dernier, les marques chinoises ont suscité un engouement sans précédent. Selon le centre de recherche Kasikorn, le nombre de commandes enregistrées durant le salon a bondi d'environ 69 % par rapport à l'édition précédente. Les marques chinoises ont représenté près de 70 % des commandes, tandis que les modèles 100 % électriques ont concentré plus de 60 % des réservations, signe de l'intérêt croissant des consommateurs thaïlandais pour cette motorisation.
Ce succès s’explique avant tout par une offre parfaitement calibrée aux attentes du marché local : design moderne, systèmes embarqués intelligents, équipements de sécurité performants, autonomie adaptée aux usages quotidiens et prix compétitifs. Au-delà du produit lui-même, les constructeurs chinois ont su renforcer de manière continue leur réseau de distribution, la qualité de leur service après-vente, le déploiement des infrastructures de recharge et les garanties accordées sur les batteries – autant de facteurs qui ont considérablement consolidé la confiance des consommateurs thaïlandais.
La Thaïlande accélère sa transition énergétique et le développement de son industrie des véhicules à énergies nouvelles. Quel rôle ces véhicules jouent-ils pour l'avenir du pays ?
Les véhicules à énergies nouvelles contribuent à réduire la dépendance de la Thaïlande aux importations d'énergies fossiles et, avec le développement des énergies renouvelables, renforceront la stabilité du système énergétique. Ils constituent ainsi un pilier de la transition énergétique. Sur le plan industriel, ils offrent à la Thaïlande, déjà dotée d'une solide industrie automobile, l'occasion de monter en gamme en développant des compétences dans les batteries, les moteurs électriques, les systèmes de contrôle, les logiciels et les composants intelligents. Cette filière stimule également les investissements, crée des emplois et renforce la chaîne de valeur locale. Elle permettra à la Thaïlande de consolider sa position de pôle manufacturier régional tout en améliorant sa compétitivité à long terme. Les véhicules à énergies nouvelles sont ainsi un levier stratégique au service de la transition énergétique, de la modernisation industrielle et de la croissance économique.
Pourquoi les véhicules à énergies nouvelles chinois répondent-ils si rapidement aux besoins de la transition écologique en Thaïlande et en Asie du Sud-Est ?
La Chine s'appuie sur une filière des véhicules à énergies nouvelles mature et intégrée, couvrant toute la chaîne de valeur, des batteries aux infrastructures de recharge. Cette organisation lui permet de proposer des produits compétitifs, diversifiés et rapidement adaptés aux besoins de chaque marché. En Thaïlande comme dans le reste de l'Asie du Sud-Est, la transition écologique répond aussi à des enjeux de sécurité énergétique, de modernisation industrielle et de développement durable. Le marché recherche donc des technologies à la fois abordables, fiables et compatibles avec les objectifs de décarbonation. Grâce à sa solide industrie automobile et à son réseau de fournisseurs, la Thaïlande est bien placée pour accueillir une partie de cette chaîne de valeur. Cette complémentarité avec la Chine favorisera à la fois l'essor du marché des véhicules à énergies nouvelles et le développement de l'industrie verte dans la région.
Les industries chinoise et thaïlandaise des énergies nouvelles sont-elles en train d'entrer en résonance ? Quels effets cette coopération pourrait-elle avoir à long terme ?
Cette convergence est déjà bien engagée. Les investissements des constructeurs chinois en Thaïlande répondent à la fois à leur stratégie d'internationalisation et aux ambitions de Bangkok de moderniser son industrie automobile, développer une économie verte et consolider son rôle de pôle manufacturier de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est). Cette coopération doit toutefois aller au-delà de l'assemblage et de la vente de véhicules, en s'étendant à la chaîne d'approvisionnement locale, à la production de composants, au transfert de technologies et à la formation. À terme, elle devrait attirer davantage d'investissements, créer des emplois, accélérer la montée en gamme des équipementiers thaïlandais et renforcer la place de la Thaïlande dans la chaîne de valeur régionale des véhicules à énergies nouvelles.
Dans le contexte de la transition écologique mondiale, quelles sont les perspectives de coopération entre la Chine et l'Asie du Sud-Est dans les véhicules à énergies nouvelles, les énergies vertes et les chaînes de valeur ?
Les perspectives sont très favorables. Avec l'accélération de l'électrification, de la connectivité et de la décarbonation de l'industrie automobile, la coopération entre la Chine et l'Asie du Sud-Est devrait s'étendre bien au-delà de la vente et de l'assemblage de véhicules, aux énergies vertes, aux réseaux de recharge, au recyclage des batteries, à la mobilité intelligente, à la conduite autonome, aux systèmes d'aide à la conduite (ADAS) et à la sécurité des données. L'harmonisation des normes régionales sera également essentielle, notamment pour la recharge, les batteries, les ADAS, la gouvernance des données et la cybersécurité. Une coopération renforcée entre pouvoirs publics, entreprises, universités et instituts de recherche favorisera l'intégration du marché régional et le développement de la mobilité intelligente. Enfin, la recherche conjointe et la formation devront être renforcées afin que l'Asie du Sud-Est devienne non seulement un marché, mais aussi un acteur de l'innovation et du développement des compétences.
Article traduit du chinois, initialement publié sur Chinanews.com.cn.
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