Le « poète-livreur » Wang Jibing, sacré par le prix Lu Xun de littérature

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Wang Jibing, le « poète-livreur » chinois tout juste récompensé par le prix Lu Xun de littérature, raconte la naissance de son recueil Voler à basse altitude (低处飞行) et sa démarche d'écriture, ancrée dans le quotidien des travailleurs.

Lorsque Wang Jibing apprend qu'il vient d'obtenir l'une des plus prestigieuses distinctions littéraires de Chine, son premier réflexe n'est pas l'euphorie, mais le soulagement. Livreur de profession et surnommé le « poète-livreur », il a remporté le prix de poésie de la neuvième édition du prix Lu Xun de littérature grâce à son recueil Voler à basse altitude. Au lendemain de l'annonce des résultats, le 15 juillet, il confie que la pression accumulée ces dernières semaines s'est enfin dissipée.

« D'abord est venu l'apaisement, puis la joie », résume-t-il. Pour l'auteur, figurer parmi les finalistes constituait déjà une reconnaissance. « En tant qu'écrivain représentant une nouvelle génération d'auteurs venus de tous horizons, j'étais déjà satisfait d'avoir été nommé », explique-t-il. Tout au long de la journée, les messages de félicitations de lecteurs, d'amis et de journalistes se sont multipliés.

Une poésie ancrée dans le réel

Publié en février 2024, Voler à basse altitude, le troisième recueil de Wang Jibing, paraîtra en anglais aux États-Unis en décembre. Il n'a, en revanche, pas encore fait l'objet d'une traduction en français.

« Derrière chaque poème se cache une histoire », affirme-t-il. Pour écrire ce livre, l'auteur a interrogé près de 140 livreurs, allant jusqu'à leur offrir une modeste compensation sur ses propres deniers afin de favoriser leur participation. Au final, il a recueilli plusieurs dizaines de témoignages exploitables. Son objectif : restituer avec justesse le quotidien de ces travailleurs.

« Je suis l'un d'eux. Je connais leur pression et leurs moments de découragement », confie-t-il. Nourri de cette expérience vécue, le recueil dépasse le simple récit d'une profession. Il explore les émotions, les difficultés et les aspirations de celles et ceux qui tentent de trouver leur place dans la Chine urbaine d'aujourd'hui. 

Faire entendre les voix ordinaires

Ces dernières années, l'essor de la littérature en ligne, des ateliers d'écriture et d'autres formes de création a favorisé l'émergence d'auteurs issus des milieux populaires. Pour Wang Jibing, cette évolution permet à des personnes de tous horizons de raconter leur propre histoire.

« Notre époque a créé ces opportunités. Le développement d'une nouvelle littérature populaire offre une meilleure tribune à davantage d'écrivains », estime-t-il. Son parcours, de livreur à lauréat du prix Lu Xun, dépasse ainsi le cadre d'une réussite individuelle. Il témoigne d'une ouverture croissante de la scène littéraire à des voix longtemps restées en marge. « Ce prix est comme un panneau indicateur. Il ne signifie pas que les gens ordinaires doivent devenir poètes, mais que chaque vie authentique mérite d'être racontée et entendue. »


L'écriture comme horizon

Wang Jibing prépare actuellement un recueil d'essais qu'il espère publier l'an prochain. « J'aimerais que les lecteurs puissent lire un texte chaque soir, comme une pluie fine, sans jamais ressentir de pression », explique-t-il. Il travaille également à un roman. Auteur de sept ouvrages, il continue d'écrire entre 1 500 et 2 000 caractères chinois par jour. La suite, assure-t-il, restera fidèle aux personnes et aux expériences qui nourrissent son œuvre. « Je sais où vont mes pensées. Je sais où sont mes rêves. Et je sais où est ma place. Pour un écrivain, recevoir un prix n'est que le début d'un nouveau voyage. »












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