[Internet du Milieu] « The Early Spring » : pourquoi cette série chinoise cartonne sur Netflix, mais divise en Chine
En cinq jours, ce drama romantique s’est hissé à la deuxième place du classement mondial des séries non anglophones de Netflix, avec 2,4 millions de vues et 21,5 millions d’heures de visionnage. Il s’est également classé premier au Brésil, en Thaïlande et au Vietnam, une première pour une production chinoise continentale sur ces marchés.
La série raconte la rencontre entre Shang Zhitao (Sun Qian), une jeune provinciale fraîchement arrivée à Pékin, et Luan Nian (Jing Boran), son supérieur clinquant dans une grande agence de publicité. Entre tension et attirance, leur relation se noue dans un univers professionnel marqué par de forts rapports hiérarchiques. En toile de fond, la série dépeint aussi le quotidien de nombreux jeunes dans la capitale : logements partagés, longs trajets et fins de mois difficiles.
Avec une réalisation soignée, elle mise sur l’alchimie entre ses deux protagonistes et joue sur la tension sexuelle, tout en abordant les relations ouvertes, encore rarement représentées dans les séries chinoises. Selon le magazine NFPeople, « les scènes intimes se distinguent par une atmosphère particulièrement soignée, portée par une certaine retenue et des ellipses audacieuses, encore rares dans les séries chinoises ». Fait notable, une coordinatrice d’intimité était présente sur le tournage pour encadrer les scènes de contact physique, une première pour une série de Chine continentale.
Adaptée du web-roman éponyme, The Early Spring doit une grande partie de son succès à un ressort bien connu de la romance chinoise : le zhuiqi huozangchang, littéralement « courir après sa femme jusqu’au bûcher », proche du grovel dans la romance anglophone. Le principe : un homme puissant méprise ou blesse une femme, qui finit par s’émanciper et le quitter. Il doit alors multiplier les efforts pour la reconquérir.
Si la série connaît également un grand succès en Chine, de nombreux internautes dénoncent une « romance toxique » qui légitimerait le harcèlement professionnel et l’abus de pouvoir hiérarchique. « Le plus dérangeant dans cette série, c’est de faire passer le mépris, l’humiliation et l’exploitation pour de l’amour », estime une internaute. Dans plusieurs scènes, le protagoniste masculin qualifie ainsi l’héroïne de « bon marché », « stupide » ou encore « obéissante ». Jing Boran reconnaît lui-même que, dans la vie, il bloquerait et éviterait quelqu’un comme son personnage Luan Nian. La scène la plus controversée concerne leur première nuit, qui survient alors qu’elle serait passablement ivre et lui sobre. Mais pour certains spectateurs, cette « relation interdite » constitue justement l’un des principaux attraits de la série.
Le 6 septembre, dans le cadre d’une promotion commerciale, les deux influenceuses féministes Zhan Qingyun et Pang Ying ont publié une vidéo sur leurs réseaux sociaux, sous le hashtag #GirlsTalk. Elles y défendaient l’idée qu’une relation réussie repose sur l’acceptation mutuelle de deux personnes imparfaites et leur capacité à grandir ensemble. Pourrait-on se revendiquer féministe tout en faisant la promotion d’une œuvre accusée de banaliser les rapports de domination et les comportements toxiques ?
Face aux réactions des internautes, elles ont finalement supprimé leurs publications.
Photos : Dr.
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